Fictions
« Westwood » de Stella Gibbons, Une savoureuse satire qui avance masquée.

« Westwood » de Stella Gibbons, Une savoureuse satire qui avance masquée.

30 octobre 2014 | PAR La Rédaction

Si l’on se fie à la couverture et au résumé du livre au dos de la jaquette, « une histoire d’amour, de désir et d’amitié », on pourrait penser que Westwood, écrit par Stella Gibbons en 1946 et édité pour la 1ère fois en France aujourd’hui, est une jolie romance relatant les pérégrinations d’une jeune femme en quête d’amour. Ce qui est vrai. Mais c’est aussi et surtout une satire, délicieusement acerbe et ironique, sur la société londonienne de l’époque. Sentimentaux s’abstenir.

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eho_gibbons2c1940. Margaret, jeune enseignante de 23 ans s’installe à Londres. Alors qu’elle parcourt avec fascination les rues de la ville, elle croise un duo saisissant d’hommes en habits d’une grande élégance, dont s’échappe un petit carnet de rationnement. Quand elle cherche à rendre ce carnet à son propriétaire, elle découvre qu’il appartient à la famille d’un peintre à succès qui n’est autre que le gendre d’un dramaturge dont Margaret admire l’œuvre, Gerard Challis.
Fascinée par le monde des artistes et de la grande bourgeoisie, rêvant d’une existence exaltante et heureuse, cette jeune femme « à l’imagination rêveuse, intense, nostalgique » fait tout pour approcher Westwood, la sublime et mystérieuse demeure des Challis. Elle finit par se faire tolérer par cette grande famille aux multiples personnages tour à tour sublimes et pitoyables, terriblement humains. Tous participent à leur manière au voyage initiatique de Margaret vers l’âge adulte, voyage parsemé de désillusions, de leçons et de joyeuses surprises.
Bien sûr, Stella Gibbons parle d’amour, de désir et d’amitiés mais elle évoque aussi avec précision Londres sous les bombes allemandes avec son black out, ses raids aériens mais aussi ses pique- niques et ses concerts. On est même surpris tant les personnages ignorent le conflit ou se forcent à l’oublier dans un flegme typiquement British. Et la ville elle-même, au fil des saisons, ses abris, ses parcs et collines, aux couleurs subtiles et sublimes, est dépeinte avec beaucoup de grâce.
Ce livre est au rythme de Margaret, donc plutôt lent. Ce qui va bien avec l’univers suranné des personnages et de la grande demeure de Westwood, même si on note une accélération vers la fin du roman avec la transformation et la libération de Margaret. On vit alors avec elle des moments de suspense amoureux et des scènes cocasses au tempo assez enlevé.
Stella Gibbons nous offre une écriture tantôt poétique, tantôt réaliste, toujours vivante et cinématographique. L’auteure aime parsemer son livre de commentaires entre parenthèses, parfois ironiques, parfois ouvertement humoristiques d’un narrateur/ auteur qui donne un relief très drôle au récit. Elle se moque de tous ses personnages. Aucun n’est épargné par sa plume perspicace, ironique et tranchante. Et finalement, on comprend que seule la nature et ceux qui sont en communion avec elle semblent trouver grâce à ses yeux.

Westwood de Stella Gibbons. Editions Héloïse d’Ormesson. 576 pages. 23 EUROS.
Roman traduit de l’anglais par Philippe Giraudon. Parution le 30 octobre 2014.

« Il ne faut pas les laisser vous épuiser, vous savez, dit-il enfin. Vous êtes plus qu’adorable de vous occuper des enfants, mais ils peuvent être vraiment exténuants… Je suis bien placé pour le savoir ! (Mr Challis devait passer peut-être dix minutes chaque soir avec ses petits enfants.) » p 469
« Les fleurs, la solitude et la nature ne vous déçoivent jamais, songea-t-elle. Elles ne demandent rien et offrent éternellement leur consolation. » p 493

Marie Aveillan

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La Rédaction

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