Fictions

Vacarme : un livre de Gaël Tchakaloff qui pourrait faire du bruit

Vacarme : un livre de Gaël Tchakaloff qui pourrait faire du bruit

04 septembre 2019 | PAR Marianne Fougere

L’auteur de Lapins et merveilles. 18 mois fermes avec Alain Juppétente dans Vacarme de se retrouver tout en brossant un portrait peu réjouissant des plus hautes sphères du pouvoir.

On attend souvent des livres qu’ils nous aident à nous défaire de certains de nos préjugés à l’égard du monde, des hommes ou de n’importe quoi d’autre. Néanmoins, il est parfois rafraîchissant de lire que nos impressions sur le monde ne sont pas si éloignées de ce qu’il est vraiment. Les livres sont ainsi aussi le reflet d’un imaginaire collectif qui n’a peut-être d’imaginaire que le nom.

Avec Vacarme, Gaël Tchakaloff alias Lucile-Gaël Buffet – à moins que ce ne soit l’inverse ?! – confirme l’idée, on ne peut plus répandue, d’un monde politique fossoyeur des identités et des personnalités. Fréquenter de trop près le pouvoir c’est donc ni plus ni moins prendre le risque de s’oublier, de se perdre, de se dédoubler. Tout cela est bien connu. Mais quel intérêt d’y consacrer un livre entier ? Même si elles sont assez jouissives, on ne saurait, il est vrai, se satisfaire des quelques anecdotes sur Rachida Dati, DSK ou FOG que nous livre sans retenue Tchakaloff. Que se mettre alors sous la dent ? Le récit d’une repentie ? Les questions existentielles d’une bobo parisienne ? Un récit nombriliste dont la littérature française a, selon nombre d’observateurs, le secret ? Non.

L’originalité de Vacarme se situe ailleurs, à mi-chemin entre combat de boxe et deux-en-un socratique. En effet, Vacarme est un dialogue intérieur qui voit s’opposer deux facettes d’une même personne. D’un côté, Gaël double maléfique créé de toutes pièces ; de l’autre, Lucile ombre d’elle-même depuis que Gaël a pris toute la place. Lucile écrit pour tenter de se secourir, ce qui implique de traquer Gaël, de remonter jusqu’à sa « naissance » et, pourquoi pas, de la tuer. Il y a ainsi un peu de Baudelaire dans cette sorte de journal intime qui explore dans toute sa profondeur et sa complexité la dualité féminine. Tchakaloff évite surtout de nous infliger une séance de psychanalyse grâce à un style vif et sans concession qui, par-delà la banale mise à nu, donne à ressentir tout le vertige du pouvoir. Vacarme est un livre courageux, celui d’une femme qui n’a plus rien à perdre si ce n’est ce qui lui reste d’elle-même.

 

Gaël Tchakaloff, Vacarme, Flammarion, sortie le 4 septembre 2019, 272 pages, 19 euros.

Visuel : couverture du livre

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Marianne Fougere

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