Fictions

« Une question d’éducation » d’Anthony Powell : A la recherche d’une Angleterre perdue

« Une question d’éducation » d’Anthony Powell : A la recherche d’une Angleterre perdue

29 juin 2019 | PAR Julien Coquet

Christian Bourgois éditeur réédite le cycle de La Ronde la musique du temps d’Anthony Powell : l’occasion pour nous de revenir sur le premier tome (sur les douze !), Une question d’éducation.

Adoubé par le Times qui le cite dans sa liste des 50 plus grands auteurs britanniques depuis 1945, Commandeur de l’Ordre de l’Empire Britannique puis fait Chevalier, Anthony Powell est considéré comme le Proust d’outre-Manche. Son œuvre majeure, La Ronde de la musique du temps, retrace les évolutions de la société anglaise entre la Première Guerre mondiale et 1970, entreprise littéraire centrée sur l’art des portraits et l’analyse des mutations de la société bourgeoise.

Le premier roman de cette saga constituée de douze tomes s’intéresse aux années d’étude du narrateur, Nicholas Jenkins, double littéraire d’Anthony Powell. Les études, la naissance des sentiments amoureux, les amitiés qui risquent de se défaire, les questionnements sur l’avenir professionnel, etc. tels sont les principaux thèmes d’Une question d’éducation, procédant par épisodes révélateurs (séjour chez un camarade, vacances en France, etc.) plutôt que par progression linéaire.

Le lecteur saura finalement très peu de choses du narrateur : Nicholas Jenkins se positionne plus en regard qu’en réel personnage acteur. Sa véritable action, c’est rapporter précisément les traits de ses amis et les actions de ceux-ci. Peu d’actions dans Une question d’éducation, mais une véritable attention aux détails et au portrait d’une bonne société anglaise. Cependant, là où la comparaison à Proust s’arrête, le bât blesse : le style est incomparable et la finesse des analyses psychologiques n’atteint pas la profondeur de celles de notre écrivain national. Il reste pourtant dans Une question d’éducation une petite musique entêtante, celle d’une Angleterre disparue, corsetée, où l’humour est toujours pince-sans-rire et la bienséance de rigueur. De quoi tenir douze tomes…?

« Être amoureux, c’est une affaire compliquée ; encore que celui qui est prêt à prétendre que l’amour est une affaire simple et sans détours se trouve toujours en position de force pour faire des conquêtes. En général, les choses tournent mal pour au moins un des partenaires ; et à terme seuls les plus fervents refusent d’admettre qu’une liaison sérieuse n’est pas nécessairement simple, alors que ces enthousiastes si déterminés ont généralement fini par donner au mot un sens à eux bien différent de ce qu’il signifie pour la plupart des gens au début de leur existence. A cette époque les manifestations de l’amour sont moins facilement explicables que par la suite : souvent elles n’apparaissent pas alors comme l’espèce de jeu, ou de joute qu’elles deviendront plus tard. »

Une question d’éducation, Anthony Powell, Christian Bourgois éditeur, 288 pages, 9€

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