Fictions
Trouver Refuge : la Byzance nostalgique de Christophe Ono-dit-Biot

Trouver Refuge : la Byzance nostalgique de Christophe Ono-dit-Biot

30 août 2022 | PAR Yaël Hirsch

Après Croire au Merveilleux et Plonger, Grand prix de l’Académie française et adapté par Mélanie Laurent, Christophe Ono-dit-Biot nous emmène en cavale pour échapper à une dictature populiste avec Trouver Refuge aux éditions Gallimard. Nostalgique et référencé.

Un couple lettré au coeur de la tourmente

Sacha et Mina sont un couple très soudé, lui journaliste, elle professeure, partageant un savoir fou, un amour pour Byzance et la passion de leur fille, Irène. Nous sommes un peu plus loin dans le 21e siècle et la France est dirigée par un dictateur qui met d’accord les gilets jaunes, les racistes et Steve Jobs. Cette figure populiste que tous appellent « Papa » et qui accorde des audiences comme un pape est aussi « cool » que terrifiante. Alors que Sacha a trop parlé lors de l’émission qui lui permet de gagner sa vie, et que la menace arrive à leur porte, il puise dans ses amitiés anciennes de baroudeur pour trouver refuge dans un monastère en Grèce. Réservé aux hommes, et par l’entremise de l’ermite Siméon, le lieu accueille Irène et Sacha tandis que Mina tente de sauver la famille grâce à… un manuscrit.

De la nostalgie au conservatisme ?

Construit sur le rythme effréné d’une semaine et empli de références spirituelles sur ce tempo de la création, Trouver Refuge met au centre le couple et la famille, face à un système politique qui a vrillé. Le style de Christophe Ono-dit-Biot est toujours aussi harmonieux et le thriller prend. La tendresse règne aussi, ce qui permet aux considérations savantes de ne pas rester trop éthérées. La nostalgie forte que dégage le livre boit aux sources de cette tendresse. Christophe Ono-dit-Biot décrit un monde qui s’en va, bouleversé par le vol en éclats de la possibilité de représentation dans une société passée de multiculturelle à « multiculturaliste ». La nostalgie est poignante et réelle et la dystopie est proche mais certains énormes clichés sur le couple, sur la maîtresse noire, sur les hommes tout-puissants qui font le tour du monde, font pencher le refuge de porphyre et de la famille vers un conservatisme un peu trop attendu. Dommage, la ligne de crête était intéressante à tenir.

Christophe Ono-dit-Biot, Trouver Refuge, Gallimard, Collection Blanche, 416 p., 20 euros.

visuel (c) couverture du livre

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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