Fictions
« Treize jours » dans la peau d’une femme prisonnière, par Roxane Gay

« Treize jours » dans la peau d’une femme prisonnière, par Roxane Gay

02 août 2017 | PAR La Rédaction

Roxane Gay est aujourd’hui une voix importante du féminisme aux États-Unis. Elle milite pour la liberté sexuelle et les droits des femmes. Ses œuvres les plus connues sont les essais Bad Feminist et plus récemment Hunger. Treize Jours, traduction française de son premier roman An Untamed Country, figure à la rentrée littérature étrangère chez Denoël. Il relate l’enlèvement d’une femme en Haïti, l’horreur de sa captivité qui va durer treize longs jours.

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Après des études de droit aux États-Unis, Mireille s’est installée en Floride. Cet été-là elle est de retour dans la maison familiale à Port-au-Prince, elle rend visite à ses parents pour les vacances. Un matin, à peine sortie de la maison, elle est brutalement kidnappée sous les yeux de son mari. À ce moment précis, sa vie bascule. Commence alors le récit de treize jours au cours desquels ses ravisseurs vont l’humilier, la battre, la violer.

Le récit à la première personne de ces jours et de ces nuits passés « dans la cage », est d’une extrême violence. Le choc que l’on ressent à la lecture est encore accentué par la structure narrative du roman qui repose sur des allers-retours permanents entre passé et présent. Un passé qui semble tenir du conte de fées au regard de l’horreur présente, ce qui incite la narratrice à envisager sa vie comme fracturée entre ces deux temporalités.

Au fil des flash-backs se dessinent des souvenirs heureux qui refont surface au cœur du cauchemar. Un cauchemar par trop réel peuplé d’hommes qui utilisent le viol comme une arme pour soumettre, briser, réduire à néant la femme qu’elle était. L’alternance de ces scènes au sein d’un même chapitre, d’un paragraphe à l’autre, rend l’expérience de lecture à la fois déroutante et forte. Elle permet en même temps à l’auteur de faire apparaître des contradictions profondes, d’aborder des questions complexes.

Treize Jours est un roman brutal, saisissant, qui marque son lecteur et donne à penser. Il dresse en creux un portrait contradictoire, paradoxal, du pays de l’enfance au temps de la fin des illusions : Haïti, la « mère patrie » adorée, haïe, ce paradis sur terre rongé par la misère et par des inégalités sociales tragiques.

Roxane Gay, Treize Jours, Traduit de l’anglais (États-Unis) par Santiago Artozqui, Denoël (Denoël & d’ailleurs), 22,90 €, 475 p., Sortie prévue le 24 août 2017.
visuel : couverture du livre

Chloé Schwab

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