Fictions
« Toute la lumière que nous ne pouvons voir », d’Anthony Doerr : un prix Pulitzer qui se lit comme on regarde un bon film

« Toute la lumière que nous ne pouvons voir », d’Anthony Doerr : un prix Pulitzer qui se lit comme on regarde un bon film

31 août 2015 | PAR Audrey Chaix

Dans le tourment de la Seconde guerre mondiale, Toute la lumière que nous ne pouvons voir suit le destin de deux personnages, Marie-Laure, une jeune aveugle réfugiée à Saint-Malo avec son père, et Werner, un orphelin né dans la Ruhr, petit prodige des transmission électromagnétiques. Fille du serrurier du Musée d’Histoire Naturelle de Paris, Marie-Laure apprend à vivre avec cécité, survenue alors qu’elle avait six ans, en apprenant par cœur une maquette de son quartier sculptée par son père. Enfant d’un orphelinat, Werner se passionne très vite pour les premiers postes de radio, qu’il démonte et remonte avec une déconcertante facilité, à tel point que le régime nazi le repère rapidement et lui permet d’intégrer une des meilleures écoles d’Allemagne. Pendant la guerre, c’est la résistance pour l’une, le démantèlement des radios clandestines pour l’autre, dans une Europe qui se déchire. 

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Enchaînant les chapitres courts, Doerr prend le parti de multiplier les points de vue en se plaçant dans la tête de ses différents personnages : Marie-Laure, de Paris à Saint-Malo, Werner, de la Ruhr à Saint-Malo également, en passant par le front Est, ainsi que quelques personnages secondaires, comme cet officier allemand spécialisé dans les pierres précieuses, prêt à remuer ciel et terre pour retrouver le diamant l’Océan de Flammes, caché par le Musée d’Histoire Naturelle de Paris alors que l’armée allemande marchait sur la ville. Guerre, pierre précieuse, jeune fille aveugle, cité corsaire, résistance … tous les ingrédients sont réunis par Doerr pour proposer ici un roman d’aventure prenant, aussi bien qu’une fresque crépusculaire sur la fin d’un monde, symbolisée par l’éradication totale de la cité corsaire sous les bombes des Alliés.

Alternant les chapitres chronologiques, qui commencent en 1934 pour avancer progressivement vers le dénouement, et ceux qui se déroulent en août 1944, alors que la libération est proche pour la France, Doerr utilise la jeunesse et l’innocence des deux jeunes gens, Marie-Laure et Werner, pour raconter la beauté de ces destins individuels au sein d’événements qui le dépassent, mais dont ils sont pourtant des rouages capitaux. Pour relier ces deux belles âmes, Doerr utilise la métaphore des ondes radiophoniques, cette « lumière que nous ne pouvons voir », et qui transcende les frontières pour relier les êtres humains entre eux, alors que l’oncle de Marie-Laure diffuse de la musique classique après chaque bulletin de la résistance, comme pour rappeler que les hommes sont capables des pires merveilles aussi bien que des pires atrocités.

Au-delà de cette dimension métaphysique, cependant, Toute la lumière que nous ne pouvons voir reste avant tout une œuvre romanesque de grande qualité, narrée par un conteur qui maîtrise à la perfection l’art d’écrire des histoires. Sans temps mort, avec des personnages bien écrits, les principaux aussi bien que les secondaires, Doerr entraîne son lecteur dans une Europe tourmentée sans lui laisser de répit. Un prix Pulitzer qui se lit comme on regarde un bon film.

Toute la lumière que nous ne pouvons voir, de Anthony Doerr. Traduit de l’anglais (USA) par Valérie Malfoy. Éditions Albin Michel. Paru en mai 2015. 624 p. Prix: 23,50 €.

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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