Fictions
« Réparer les vivants », poétique du pouls par Maylis de Kerangal

« Réparer les vivants », poétique du pouls par Maylis de Kerangal

18 juin 2014 | PAR Yaël Hirsch

Grand prix RTL-Lire 2014 et roman des étudiants France Culture – Télérama, Réparer les vivants est un roman fort sur le décès brutal d’un jeune-homme de 19 ans dont le cerveau meurt mais dont le cœur continue de battre… Pour sauver d’autres vie? Une sorte de « Parle avec elle » sans le folklore d’Amoldovar qui pose des questions essentielles sur la valeur que nous donnons aux organes et à la vie. Et un des textes littéraires les plus aboutis de cette première moitié d’année 2014.

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réparer les vivants kerangalFan de surf, Simon Limbres s’élance nuitamment sur les flots, avec ses meilleurs amis. Choqués par le froid et ayant hâte de rentrer, les jeunes gens ont un accident la nuit. Simon a perdu connaissance quand il arrive à l’hôpital, à l’aube où plusieurs médecins et infirmières s’affairent pour le sauver. Quand le médecin de garde, Révol, reçoit les deux parents de Simon, il est en train de constater que le jeune homme est cérébralement mort. Mais aidé par les machines, le sang circule encore dans ses organes. Il s’agit alors de parler aux parents en état de choc et leur demander s’ils pensent que leur fils décédé aurait aimé céder coeur, reins, poumons et foie pour qu’on puisse « réparer les vivants »…

Débutant sur une description presque mystique du cœur qui bat et s’étalant sur un temps quasi-tragique de 24 heures, la narration de Réparer les vivants multiplie les points de vues. Maylis de Kerangal juxtapose ainsi une description clinique, au plus intime des questions éthiques que pose la transplantation d’organes. Un texte riche, foisonnant et poétique, accessible à tous et qui permet à tout un chacun de s’identifier avec le personnages qui lui semble le plus proche pour trancher sur cette question essentielle : comment bien « enterrer les morts » quand leurs organes peuvent servir de matière première pour « réparer les vivants » ? Magnifique.

Maylis de Kerangal, Réparer les vivants, Verticales, 288 p., 18.90 euro. Janvier 2014.

Maylis de Kerangal lit un extrait de son roman… par telerama

visuel : couverture du livre

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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