Fictions
« Quarante ans » : les pages rétrospectives de Marc Lambron

« Quarante ans » : les pages rétrospectives de Marc Lambron

27 décembre 2016 | PAR Yaël Hirsch

Après avoir publié un texte écrit à la mort de son frère, Tu n’as pas changé (Grasset, 2014, lire notre article), l’académicien et conseiller d’Etat Marc Lambron publie pour ses soixante ans le journal de ses Quarante ans. Un texte à la fois sur le vif et rétrospectif où l’écrivain dévoile peu d’intime mais beaucoup des arcanes du tout Paris des années 1990.
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Le journal des quarante ans de Marc Lambron commence donc à la fin de l’année 1996, au bout de ses 39 ans. Déjà brillant, journaliste, auteur reconnu et père de famille, il est sur le point de publier à la rentrée littéraire de 1997 son roman goncourable sur les hauts-fonctionnaires du régime de Vichy (1941).  Du coup, il évolue dans un Paris littéraire où Sollers est parrain, BHL star et Yann Moix et Frédéric Beigbeder, jeunes poulains. Tandis qu’il croise a propos (à des dîners ou des noubas chez Castel) la  » crème de la crème », ou qu’il aperçoive de temps en temps des célébrités dans ses lieux de villégiature en Corse, en Tunisie ou à la terrasse du restaurant germanopratin, Le Récamier, Lambron présente l’ère Jospin comme un moment de création et de fête. Comme journaliste pour le Figaro Madame, il est en position idéale pour analyser l’esprit du temps, qu’il passe par l’ascension sociale de Miou-Miou, par la franchise d’une Isabelle Huppert quadragénaire et sexy, par l’intellectualisme d’une Sophie Marceau de trente ans ou par l’amour du rock de la pin-up de l’époque, celle qui demandait aux hommes de la « regarder dans les yeux », Eva Herzigova.

En parallèle de tout ceci, la vie intérieure de Marc Lambron est plus secrète. Les allers-retours à Lyon sont évoqués pour aller au chevet du père à l’hôpital. La mort crée l’ellipse, mais du chagrin on sait peu de chose et de la force de la mère on sait simplement qu’elle est présente l’été, pour les vacances, avec ses petits-enfants. Pudeur, don,c sur la vie privée, et même sur les goûts véritables de l’écrivain que l’on voit amateur de belles femmes et caisse d’enregistrement des tendances de l’époque même quand il parle de musique, qu’il adore. Sauf peut-être pour Jay-Jay Johanson pour qui il a un faible…

C’est donc « de profil » que Marc Lambron vient à nous avec un texte qui a tout juste vingt ans. Il nous tend avec ce journal le miroir à peine poussiéreux, mais d’autant plus étrange d’un passé pas si lointain, et déjà tellement révolu. Un temps où l’on peut encore apprendre la mort de Lady Diana dans le journal du matin, où l’on se laisse des messages sur son répondeur téléphonique à la maison, où Derrida et Barbara vivent encore, où Madonna remet Eva Peron en haut de l’affiche et où voyager c’est aussi un peu se déconnecter. Les remarques si justes- et même parfois claquantes : et là l’on sent qu’on est bien dans un journal et que tous les filtres n’ont pas été mis – de l’auteur nous replongent assez violemment 20 ans en arrière et l’on se demande avec nostalgie ce qu’on a retenu de toute cette effervescence qu’il décrit. Peut-être rien d’autre qu’un souvenir de vie vibrante… Une lecture qui aurait pu paraître démodée et qui plonge dans l’inquiétante étrangeté d’une nostalgie diffuse. Et pour le coup : ce sentiment-là est intemporel.

Marc Lambron, Quarante ans, Journal 1997, Grasset, 480 p.., 23 euros. Sortie le 11 janvier 2017.

« Sur les écrans, lors des sorties du mercredi, Mars Attacks enfonce Lucie Aubrac. Aux « Guignols de l’info », on voit une effigie de Lucie Aubrac interpréter un Martien : « Rendez-moi mes spectateurs ». Le Martien lui fait un bras d’honneur » p. 109.

visuel : couverture du livre.

 

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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