Fictions
« La papeterie Tsubaki », les mots, les maux, les mets

« La papeterie Tsubaki », les mots, les maux, les mets

14 août 2018 | PAR Laetitia Larralde

Avec son nouveau roman, Ogawa ito nous invite une nouvelle fois avec douceur à contempler un moment de la vie de son héroïne, dans un récit à la délicatesse du camélia japonais.

Hatoko, surnommée Poppo, est de retour à Kamakura pour reprendre la papeterie Tsubaki que lui a légué l’Ainée, sa grand-mère. Élevée par cette dernière avec rigueur, travaillant tous les jours depuis l’enfance pour devenir calligraphe et pouvoir prendre la suite de l’Ainée en tant qu’écrivain public, la jeune femme s’est rebellée et enfuie à l’étranger. La mort de sa dernière parente la ramène dans la petite papeterie familiale, maintenant seule et prête à accepter ses responsabilités.
Le roman se déroule sur une année, au rythme des saisons. La nature change, les gens s’adaptent à elle et suivent son cycle. Chaque saison a ses rituels, traditionnels ou personnels, comme les rites de purification du sanctuaire, le pique-nique sous les cerisiers en fleur, la tournée des sept divinités du bonheur du nouvel an, ou encore la cérémonie d’adieu aux lettres, comme autant de repères auxquels se rattacher.
Kamakura, ville au bord de la mer au sud de Tokyo, ancienne capitale du Japon, est presque un personnage du roman. On suit Poppo, entre temples et plages, se faufilant au milieu des touristes et des surfeurs, d’un restaurant à un café, dans une découverte culinaire locale alléchante. La nourriture joue également un rôle prépondérant dans le récit, bien que discret, vecteur de lien entre les personnages, transmettant les sentiments d’une façon plus instinctive et viscérale que les actes ou les mots.
La ville, riche de son passé politique et spirituel, crée un cocon autour de ses habitants, un temps légèrement ralenti propice à la guérison des maux de chacun. On est comme enveloppés d’une fine couche de coton protectrice qui maintient les émotions et sentiments suffisamment à distance pour permettre d’amortir les chocs et de guérir. Ce temps, c’est aussi celui du deuil. Poppo a besoin d’accepter le décès de sa mère de substitution, de lui pardonner sa sévérité et son apparent manque d’amour et de se reconstituer une nouvelle famille. C’est par son métier d’écrivain public qu’elle parvient à se reconstruire. En écrivant les cartes de vœux, les lettres de rupture, les mots d’amour, elle se glisse dans la peau du commanditaire pour répondre à leurs problèmes, et ainsi aborder les siens. Comme l’a écrit Haruki Murakami, « si nous voulons vraiment voir l’autre, nous n’avons d’autre moyen que de plonger en nous-même », et ainsi chaque lettre est l’occasion de se comprendre mieux et de tisser des liens, d’esprit à esprit.
Au même titre que le choix du papier, du stylo ou du timbre de chaque lettre, qui transmettent tous une partie du message en soutien des mots, les petites choses du quotidien ont leur importance. Briquer le parquet, faire le thé, discuter avec la fantasque voisine Madame Barbara, chaque détail ancre un peu plus dans le quotidien, avec simplicité et vers la sérénité. La vie se réinvente autour d’une nouvelle réalité, malgré les peines, les vides et les silences.
La Papeterie Tsubaki est comme une bulle de savon, fragile et belle, petit moment de poésie flottant dans la brise.

La Papeterie Tsubaki de Ogawa Ito
Parution le 23 août 2018, 384 pages
Editions Philippe Picquier

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Laetitia Larralde
Architecte d'intérieur de formation, auteure de bande dessinée (Tambour battant, le Cri du Magouillat...)et fan absolue du Japon. Certains disent qu'un jour, je resterai là-bas... J'écris sur la bande dessinée, les expositions, et tout ce qui a trait au Japon. www.instagram.com/laetitiaillustration/

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