Fictions

« Moby-Dick ou le Cachalot » de Herman Melville : « Appelez-moi Ismaël »

« Moby-Dick ou le Cachalot » de Herman Melville : « Appelez-moi Ismaël »

08 juillet 2018 | PAR Julien Coquet

Présentée par Philipe Jaworski, cette édition du célèbre roman de Herman Melville chez Quarto Gallimard, illustrée par Rockwell Kent, devrait figurer dans toutes les bibliothèques.

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C’est bien connu : on écrit seulement sur ce que l’on connaît. La vie vécue, la vie réelle, est la principale source d’inspiration, et Moby-Dick ne contredit pas cette assertion. Herman Melville fut marin à bord de trois baleiniers entre 1841 et 1844 : après avoir publié Vareuse-Blanche et Taïpi qui s’inspirent aussi de son expérience de marin, le tout jeune écrivain américain se lance dans un projet plus vaste : ce sera Moby-Dick, publié en 1851, écrit relativement vite pour le rythme de production habituel de Melville.

L’histoire ? Celle racontée par Ismaël, marin à bord du Pequod, une baleinière commandée par le démoniaque capitaine Achab qui en veut à la baleine blanche qui lui a emporté une de ses jambes. La folie qui guette Achab, dans cet univers peuplé de personnages aux noms bibliques (Ismaël, Elie, Bildad…), entraînera le bateau à sa perte : seule la loi du désir guide les actes d’Achab, oubliant les règles élémentaires de sécurité. L’écriture de Melville fait ressortir cette quête de vengeance comme un acte, si ce n’est admirable, au moins héroïque. Rappelons-le : c’est seulement au début des années 1860 que se développent le canon lance-harpon et la marine à vapeur qui permettront de faire passer la pêche d’un mode artisanal à un mode industriel. La course sans fin menée par le capitaine Achab, comme l’écrit Philippe Jaworski, « peut donc se lire comme l’évocation d’un mode de chasse primitif et héroïque qui connaît ses dernières années de gloire ».

Si le roman ne tenait qu’à son résumé, Moby-Dick ne figurerait sûrement pas parmi les chefs-d’œuvre de la littérature du XIXème siècle. Comme Les Misérables, le roman de Melville est une cathédrale, une œuvre qui se perd en digressions, en idées et en réflexions. Alors que dans ses écrits d’une taille beaucoup plus modeste comme Bartleby le scribe, l’écriture de Melville est parfaite et tirée au cordeau, elle est ici pleine de boursoufflures : « c’est la pensée en mouvement qui commande, cherchant sinueusement, dans une prose rocailleuse, des vérités entrevues sur ce qu’est l’homme livré à ses passions et affrontant ce qui le dépasse ». La critique fut d’ailleurs déstabilisée par le roman lors de sa parution : c’est seulement au cours du XXème siècle que Moby-Dick fut redécouvert et adoré par de nombreux écrivains (on trouvera de plus amples informations sur ce passage à la postérité dans le dossier critique de cette édition).

Illustrée par les images de Rockwell Kent et présentée dans la traduction publiée dans la Bibliothèque de la Pléiade, cette édition de Moby-Dick est un véritable plaisir pour les amoureux de littérature.

« J’étais, moi, Ismaël, l’un de ces hommes d’équipage. Mes cris, s’élevant avec tous les autres, avaient soudé mon serment au leur, et si grande était la terreur dans mon âme que chaque nouveau cri poussé d’une voix plus forte, tel un coup de marteau, faisait le métal de ce serment plus robuste. J’étais entraîné par une mystérieuse et véhémente sympathie ; la haine inextinguible d’Achab était devenue mienne. J’écoutai d’une oreille avide l’histoire de ce monstre sanguinaire dont j’avais, avec tous les autres, juré de me venger par la mort. »

Moby-Dick ou le Cachalot, Herman Melville, Edition établie et présentée par Philippe Jaworski, Illustrations de Rockwell Kent, Quarto Gallimard, 1024 pages, 25 euros

Visuel : Couverture du livre

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