Fictions

Le ministère du bonheur suprême : une épopée indienne contemporaine, par Arundhati Roy

Le ministère du bonheur suprême : une épopée indienne contemporaine, par Arundhati Roy

05 juillet 2018 | PAR Jean-Marie Chamouard

De Old Delhi à la vallée du Cachemire, la destinée des héros de ce roman croise les événements tragiques de l’histoire de l’Inde moderne.

[rating=4]

Aftab naît hermaphrodite à « prédominance masculine ». Il veut être femme et deviendra Amjum et « Hijra » c’est-à-dire transsexuelle. Elle s’installe dans une demeure d’Old Dehli, la Kwabgah, et y vivra en communauté pendant 30 ans. Elle adoptera une petite fille abandonnée, Zainab. Puis elle quitte la Kwabgah et se réfugie dans le cimetière près de la grande mosquée de Dehli. Elle y construit sur les tombes de ses parents une « maison refuge » le Jannat Guest House. Elle y accueillera de nombreuses personnes dont Saddam un Dalit devenu musulman et dont le père a été tué par une foule fanatisée lors d’un festival hindou.

Au Janta Mantar (l’ancien observatoire astronomique de Dehli) un bébé est abandonné par sa mère lors d’un forum social aux revendications multiples. Apparaît alors le personnage de Tilo qui a kidnappé le bébé. Trois hommes sont liés à cette femme. Musa, l’ancien compagnon de Tilo est cachemiri et sa fille de quatre ans, appelée Miss Jebeen 1 a été tuée au cours d’une fusillade lors d’une cérémonie funéraire. Il deviendra alors un militant clandestin. Naga est un journaliste d’extrême gauche qui travaillera ensuite avec les services secrets hindous. Tilo retrouve Musa au Cachemire, puis après son arrestation épousera Naga bien que son amour pour Musa soit intact. Enfin le narrateur Biplab voue un amour secret à Tilo. Tilo doit ensuite fuir son appartement et se réfugier avec le bébé Miss Jebeen 2 auprès d’Amjum au Jannat guest House. Elle devient enseignante. A la fin du livre on apprend le sort dramatique de la mère du bébé et les causes de son abandon.

Le livre a un caractère très romanesque, le récit est foisonnant et parfois fantasque. La description du chaos de la capitale indienne assure un dépaysement au lecteur. Le roman est construit comme un puzzle dans lequel se révèlent peu à peu les principaux personnages aboutissant à un récit très cohérent. Arundhati Roy, militante altermondialiste et écologique aborde par petites touches les problèmes de pauvreté et d’environnement en Inde. Elle s’attache aux minorités du pays : intouchables, musulmans, cachemiris et transexuels. Elle décrit une Inde diverse et multiple où couve le volcan de la violence et de l’intolérance. Les éruptions sont les événements dramatiques de l’histoire indienne récente : l’assassinat d’Indira Gandhi et le massacre des sikhs en 1984, les émeutes anti musulmanes du Gugérat en 2001 et la montée du nationalisme hindou avec l’arrivée au pouvoir du BJP.
Le conflit au Cachemire est central dans le livre : Musa, Naga et Biplab y ont vécu. Musa sera un militant clandestin important qui resurgit par intermittence dans la vie de Tilo. La guerre des années 90 est décrite avec les infiltrations d’extrémistes venus du Pakistan voisin, la montée d’un islam rigoriste, l’occupation et la répression de l’armée indienne. Le peuple cachemiri aspire à la liberté mais est pris en otage dans un conflit qui le dépasse.

Le Jannat guest house crée par Amjum est « le ministère du bonheur suprême ». C’est le refuge où l’amour et la bienveillance permettent aux résidents de soigner leurs blessures anciennes malgré la dureté du monde extérieur. Amjum peut légitimement éprouver un sentiment d’accomplissement.

Arundhati Roy, Le ministère du bonheur suprême, Editions Gallimard, 537 pages, 24,4 euros , sortie le 4 Janvier 2018.

visuel : couverture du livre

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