Fictions
« Louis veut partir » de David Fortems ou les silences du déterminisme social

« Louis veut partir » de David Fortems ou les silences du déterminisme social

20 août 2020 | PAR Chloé Hubert

Avec son premier roman Louis veut partir, David Fortems nous plonge dans les affres du deuil d’un père pour son fils suicidé. Un roman touchant sur la condition d’un adolescent transclasse et l’impossible communication familiale sur fond de déterminismes sociaux.

Le suicide de Louis est annoncé dès les premières lignes. Un roman à rebours se met alors en place pour nous raconter les raisons de cet acte qui vont éclairer peu à peu la véritable nature de cet adolescent d’apparence tranquille. C’est à travers les yeux de Pascal, père de Louis, que se déroule le roman. Cet ouvrier syndicaliste d’une petite ville des Ardennes françaises, trop fatigué pour se rendre compte de certaines choses, reçoit comme une bombe la nouvelle du suicide de son fils. Il décide alors, comme dans une enquête, d’interroger l’entourage de Louis. C’est de cette mosaïque de discours que progressivement se dessiner le portrait de ce fils qui lui apparaît alors de plus en plus comme un parfait inconnu. La seule chose que toutefois Pascal connaissait, c’était l’incompréhensible passion obsessionnelle de Louis pour la lecture, incongrue pour ce milieu ouvrier modeste.

À travers ce portrait d’un adolescent transclasse en décalage avec son milieu, on ne peut s’empêcher de penser à Edouard Louis avec En finir avec Eddy Bellegueule, où même à Didier Eribon avec son Retour à Reims. Si les problématiques se recoupent, le personnage de David Fortems n’aura quant à lui pas l’opportunité de faire un retour sur sa condition. Louis voulait partir, mais il finira finalement par quitter bien plus que sa petite ville. Si c’est le portait de Louis qui se dessine au fil des pages, l’auteur nous dresse quant à lui le portrait touchant de son père, marqué par sa condition ouvrière et les silences qu’elle impose souvent. Un beau premier roman d’un jeune auteur que l’on sent proche de son personnage et qui pose un regard bienveillant -quoique parfois un peu trop distant- sur son objet. 

 

David Fortems, Louis veut partir, Robert Laffont, 198 p. 18 €, sortie le 20 août 2020

Visuel: ©Robert Laffont, Couverture officielle 

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