Fictions

Les recommandations de livres de la rédaction pour l’été 2016

Les recommandations de livres de la rédaction pour l’été 2016

08 juillet 2016 | PAR La Rédaction

Coquillages et crustacés, festivals, transits et longs trajets de train, voici venu l’été et le temps de lire. Notre équipe a chroniqué des titres toutes l’année et vous livre ses meilleurs conseils d’encre et de papier pour des vacances pas tout à fait décérébrées. Voici nos recommandations de livres pour l’été 2016.

Les conseils d’Audrey : après Carthage, Joyce Carol Oates revient avec un nouveau roman, Daddy Love (Éditions Philippe Rey), où elle emprunte au roman policier psychologique pour raconter l’enlèvement du petit Robbie sous les yeux de sa mère. Des années de séquestration sont disséquées à la loupe par Oates, qui mêle syndrome de Stockholm et terreur inspirée par des figures de prédicateurs corbeaux, à l’image de Robert Mitchum dans La Nuit du Chasseur. Glaçant, violent, impitoyable, ce Daddy Love prouve – s’il était encore besoin – qu’elle a beau sortir un roman par an, Joyce Carol Oates continue de figurer parmi les écrivains américains les plus talentueux. 

Autre ouvrage dérangeant : Ils vécurent heureux, eurent beaucoup d’enfants, et puis… (Éditions Belfond), où Michael Cunningham propose dix petites fables inspirées des contes de notre enfance dans un recueil à la fois drôle et grinçant. Il accommode à sa sauce les aventures de Jack et de son haricot magique, de Hansel et Gretel, de la Belle et de la Bête… pour en faire des héros résolument contemporains, tout en retrouvant la cruauté initiale souvent gommée par les dessins animés américains que nous connaissons sans doute mieux que les contes originels. Le tout illustré par les fascinants dessins de l’artiste japonaise Yuko Shimizu, qui contribuent à l’étrange atmosphère de ces dix contes réservés aux adultes.

Les conseils de Yaël : N’hésitez pas à plonger dans le très beau livre que Marie Darieussecq dédie à la peintre expressionniste Paula Modersohn-Becker et à aller voir l’expo au Musée d’Art moderne. Se plonger dans le seul grand livre d’entretien du compositeur, chef d’orchestre et homme d’institutions Pierre Boulez est un bel exercice d’exigence et une manière de réfléchir aux hiérarchies que l’on pose (ou pas) en art. Enfin, si vous voulez apprendre à philosopher sur la Justice avec facilité et au bord de la plage : Kant, Stuart Mill et Bentham n’auront plus de secret pour vous avec les cours compilés de Michael Sandell, Justice.

Les conseils de Marine : si vous êtes passés à côté, emportez avec vous l’ouvrage que Christine Orban a consacré à Marie-Antoinette, Charmer, s’égarer et mourir. L’œil est pointu, nouveau, sensible. Un véritable plaisir qui se lit très facilement.

Destin de femme encore, mais en voici deux bien différents : chez Christian Bourgois, La Veuve Basquiat s’intéresse à Suzanne Mallouk, la femme qui a partagé la vie du célèbre peintre, Jean-Michel Basquiat. Témoignage d’une époque, d’un style de vie, c’est absolument passionnant.

Chez Gallimard, La Fabrique des pervers de Sophie Chauveau est un des livres les plus bouleversants de l’année. Un récit sur l’inceste qui ne saurait laisser indemne.

Les conseils de Jérôme : La lecture de City on fire de Garth Risk Hallberg va vous engloutir. Ce roman, traduit de l’anglais (États-Unis) par Élisabeth Peellaert a fait couler beaucoup d’encre outre-Atlantique. La ville de New York a une place de choix, mais les personnages sont nombreux et bigarrés. Ce qui relie ces destins, ce sont  peut-être les coups de feux tirés dans Central Park, une nuit d’hiver 1976. Un grand roman, polyphonique, virtuose et entêtant.

Avec Miettes, Philippe Artières, spécialiste des écritures ordinaires, écrit l’histoire « infra-ordinaire » de l’année 1980 à travers les petites annonces de « Sandwich », supplément de Libération. « La rubrique des petites annonces (…) raconte des histoires individuelles mais pas seulement : elle est porteuse d’informations sur l’histoire matérielle ou celle des fantasmes qui ne sont pas uniquement sexuels ; elle documente tout à la fois l’histoire sociale des corps, de l’économie domestique, de la vie ordinaire, des choses, et bien sûr l’histoire de l’écriture. » À l’heure où l’on pose de toutes parts un regard nostalgique et/ou critique sur les années 80, c’est le livre qu’il faut lire.

L’été favorise les lectures au long cours. Alors, si cette année on a décidé de ne pas relire l’un des tomes de À la recherche du temps perdu de Proust, on peut se plonger dans la copieuse thèse de Thomas Carrier-Lafleur aux Éditions Classiques Garnier L’Œil cinématographique de Proust. 700 pages brillantes dans lesquelles le jeune chercheur traque, débusque et analyse les signes d’une écriture qui emprunterait plus à « l’image » qu’on ne peut le supposer au premier abord.

Les conseils de Marianne :

Même si certaines fois il se laisse un peu désirer, chaque année l’été revient et avec lui le même casse-tête chinois : quelle bibliothèque portative emmener avec soi ? Chaque été, on se promet de lire enfin un grand classique ou de reprendre, pour la énième fois, ce livre qui, chaque été, nous tombe littéralement des mains. Chaque été, on espère rattraper notre retard en découvrant l’une des pépites offertes par les différentes rentrées littéraires. Mais été rime surtout avec plage ou voyage, il serait donc plus approprié de glisser dans sa valise quelques poches pour éviter de souiller de sable de beaux ouvrages ou de payer un excédent de bagages. Et si plutôt, on se laissait tenter par une œuvre plus poétique ou esthétique ? Bref, l’été est synonyme de tragique dilemme. Voici donc une liste idéale qui tenterait de réunir tous ces désirs inconciliables, si d’aventures la rentrée littéraire qui approche à grand pas nous laisse un tout petit peu de temps d lecture libre !

Côté incontournables, l’actualité (somme toute triste) me donne envie de découvrir l’œuvre de ce grand poète qu’était Yves Bonnefoy. Dans une œuvre aussi riche, le choix s’avère difficile, je me tournerai donc vers son dernier ouvrage, paru en mai dernier aux Editions Mercure de France, L’écharpe rouge. J’aimerai également me plonger dans Le Rivage de Syrte, ce livre pour lequel Julien Gracq obtint le prix Goncourt mais qu’il refusa.

Puisque l’été s’annonce studieux puisque consacré à rédiger une thèse de doctorat, je rêve de faire un joli pied-de-nez au monde universitaire et de détourner le titre d’un ouvrage de Hannah Arendt. Plutôt que de Vies politiques, j’ai un besoin ardent de Vies artistiques et me précipiterais donc sur sur le journal de Leonard Woolf, Ma vie avec Virginia, publié récemment par Les Belles Lettres, qui explore le lien étroit qui existe entre génie créateur et instabilité mentale. Une pointe de peinture me fera le plus grand bien – Être ici est une splendeur. Vie de Paula M. Becker de Marie Darrieussecq (P.O.L.), ainsi qu’une touche de musique grâce aux Glaneurs de rêves de Patti Smith qui vient d’être édité en poche (Folio).

Pour ceux qui ne se remettent pas de l’élimination précoce (mais attendue ?) de l’équipe de Buffon à l’Euro, 2016 peut être l’occasion de découvrir une figure montante de la littérature italienne, Elena Ferranta au travers d’un formidable périple dans l’Italie du boom économique. Portrait tendre et passionné de deux héroïnes, les deux tomes de L’amie prodigieuse sont désormais disponibles chez Gallimard, dont le premier en format poche (Folio). Dans un tout autre registre, comme en écho avec le livre de Leonard Woolf, Les jours de mon abandon (Folio) vous conduira aux frontières de la folie.

Allongé bien confortablement sur son transat, déconnecté de toutes technologies et hors de portée des pressions de l’Etat d’urgence, la situation sera propice à la réflexion. Jetez donc un œil aux essais de Tristan Garcia (La vie intense) et de Cynthia Fleury (Les Irremplaçables).

Une liste idéale, mais certainement pas exhaustive !

visuel : La femme de l’artiste Georg Friedrich Schmidt, image livre de droit sur le site de la national gallery.

[AVIGNON OFF] ORPHANS, se créer un père de toute pièce.
Les livres de poche que le rédaction emporte en vacances cet été
La Rédaction

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