Fictions
« Le piano dans l’éducation des jeunes filles » de Stéphane Barsacq : de la difficulté de trouver l’amour véritable

« Le piano dans l’éducation des jeunes filles » de Stéphane Barsacq : de la difficulté de trouver l’amour véritable

29 décembre 2015 | PAR Marine Stisi

Dans le cadre de la rentrée littéraire de janvier 2016, l’essayiste Stéphane Barsacq publie son premier roman chez Albin Michel. Intitulé Le piano dans l’éducation des jeunes filles, le livre parcourt, en de multiples références, la recherche de l’amour véritable dans la société fuyante qu’est la nôtre.

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Volodia, professeur de littérature parisien en proie à une lassitude morose, est un amoureux de l’amour. En cours d’écriture d’un ouvrage réservé à l’éducation des jeunes filles – plus pour contrer son ennui que par véritable intérêt – il nourrit son manuscrit de sa propre expérience, et auprès d’amis aussi atypiques les uns que les autres : Julien, un journaliste branché, Alexeï, russe mystique, Anténor, directeur de thèse passionné de perroquets, et bientôt, Hérode, écrivain à succès, grossier et irrévérencieux, obsédé par le Diable.

L’amour pluriel

De passions en déceptions, Volodia croit en l’amour, et le cherche éperdument, désespérément, où qu’il aille. Séducteur et passionné, il s’entiche de femmes brillantes et inspirantes, chacune à leur manière.

La première figure de l’amour dépeinte est celle de Sonia, pianiste cynique et sarcastique au répondant mordant et sex-addict, rencontrée dans la rue, sur le chemin du Conservatoire. Les deux amants, très vite éperdus l’un de l’autre, entretiennent une relation basée uniquement sur une intense et dévorante joute verbale et sexuelle. Une relation qui se révèlera n’être qu’une illusion tape à l’œil et sournoise.

La seconde relation, qui ne restera qu’au degré de la tentation et de l’imagination fugace, est introduite auprès d’Asma, brillante d’intelligence (elle cite Nietzsche avec une facilité déconcertante), de mysticisme oriental et de grâce. Amie d’enfance, ou sœur d’âme (telles les deux héroïnes de Comme il vous plaira, de Shakespeare) d’une grande pianiste à succès, Sophie Baxter, elle la présentera à Volodia, qui découvrira en elle l’amour véritable.

Sophie, par son inaccessibilité, fera ressortir de Volodia une image totalement différente de l’amour qu’il ressentait, ou croyait ressentir, pour Sonia. Un amour pur, inspiré, qui se développe non seulement par le physique, mais surtout, par une fascination. Et cette fascination, c’est le rapport au piano.

Le piano au centre de l’ouvrage

Car si c’est bien l’amour qui possède la place centrale de l’ouvrage, c’est le piano, et l’effet de celui-ci sur la vie des pianistes et des auditeurs, qui règne au second plan. Sonia et Sophie, les deux grandes relations de Volodia, sont toutes deux pianistes. La première, pianiste talentueuse sans toutefois parvenir à ses hautes aspirations, se donne de tout son corps dans la relation qu’elle entreprend avec un homme, glissant le sexe au centre même de la relation. La seconde, Sophie Baxter, pianiste prodige, jalousée de toutes (et de Sonia en premier lieu), déclenche quant à elle un amour presque religieux chez le protagoniste. Sophie, de son côté, ne peut se réaliser que par l’amour qu’elle partage avec son instrument, ne s’accomplissant en tant qu’être sensuel qu’avec son piano. Pas question, ici, de sexe lâche et incontrôlé : de là à penser que la relation amoureuse et la relation sexuelle sont dissociables, il n’y a qu’un pas.

Le piano deviendra, par ailleurs, en plus d’une ligne continue dans les amours du protagoniste, un sujet dans le livre qu’il écrit. Quelle place prend le piano dans l’éducation d’une jeune fille ? Pourquoi les hommes désirent-ils les femmes quand elles jouent de cet instrument-là, précisément ?

Un roman aux multiples références

De Rimbaud à Cioran et Brahms (les trois hommes auxquels Stéphane Barsacq a consacré des essais), en passant par Shakespeare, Nietzsche, Voltaire, Flaubert, Guy Debord, mais aussi Lana del Rey… Les références de cet ouvrage sont multiples et passionnantes. Dans ce sens, le roman de Stéphane Barsacq fait transparence d’une érudition déconcertante, très plaisante à lire, et qui fait de la vie des protagonistes d’éternelles inspirations d’œuvres passées.

Il est également très plaisant de se balader avec le héros, dans les rues familières du Paris artistique, de Saint-Germain à Montmartre, en passant par Pigalle ou le Pont des Arts. Un Paris qui perd, sous la plume efficace, belle, et parfois drôle, de Barsacq, la réputation de ville de l’amour romantique, puisque, nous le savons tous : c’est bien plus compliqué que ça.

Stéphane Barsacq, Le piano dans l’éducation des jeunes filles, Albin Michel, 352 pages, 20,90€.

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Marine Stisi
30% théâtre, 30% bouquins, 30% girl power et 10% petits chatons mignons qui tombent d'une table sans jamais se faire mal. Je n'aime pas faire la cuisine, mais j'aime bien manger.

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