Fictions
Le parfum des fleurs la nuit de Leïla Slimani 

Le parfum des fleurs la nuit de Leïla Slimani 

08 février 2021 | PAR Jean-Marie Chamouard

A la demande de son éditrice, la romancière Leïla Slimani accepte de passer une nuit, enfermée dans un musée vénitien. Cette nuit sera propice à  des confidences sur son enfance, son père et son métier d’écrivain.

Pour écrire il faut savoir dire non, refuser les sollicitations. Ainsi débute le récit de Leïla Slimani. Pourtant elle accepte la proposition de son éditrice de passer une nuit enfermée dans le musée de la Punta Della Dogana à Venise. « Cette nuit mes disparus  vont me rejoindre » : pour l’auteure, il s’agit d’une expérience intime. Elle visite le musée, consacré à l’art contemporain et y découvre un galant de nuit, un arbre  identique à celui situé devant la maison de son enfance à Rabat. Cet arbre, dont les fleurs ne s’ouvrent qu’à la tombée du jour,  embaumait les nuits de son adolescence. Les confidences s’égrènent doucement, sur son père qui lui a donné le goût de la lecture et du cinéma, sur ses sensations d’enfermement, enfant, sur sa vie nocturne adolescente, sur ses peurs aussi. Elle regarde avec  mélancolie la lagune de Venise si menacée, si fragile. Cette  mélancolie, cette fragilité qui touchent ceux qui ont une identité plurielle, ceux « qui  ne sont pas tout à fait ici et plus tout à fait là bas ». Elle parle  de sa tentation de retrait du monde, de son fantasme d’enfermement et de l’écriture, une discipline exigeante, qui peut procurer un sentiment d’impuissance ou une exaltation créatrice. Car l’écriture peut avoir un pouvoir magique, « celui de traverser les murs avec facilité ».  « Et bien sûr, elle pense à lui. A son père ». Il a été accusé, emprisonné puis, tardivement, innocenté dans un scandale politico financier au Maroc. Une injustice qui a conduit Leïla Slimani à devenir écrivain, comme  pour réparer le réel.

 Leïla Slimani a écrit un récit court, intimiste, imprégné d’une douce mélancolie et d’empathie.  C’est le temps des confidences. Le texte reste fidèle à ses engagements féministes. Elle y décrit les frontières invisibles qui entravent les femmes marocaines. Au Maroc la femme est tiraillée entre le foyer, et l’attrait du dehors. Elle aborde brièvement les problèmes d’identité et du passé colonial. Au delà des souffrances de l’écrivain, Leïla Slimani y proclame sa foi dans la littérature. La littérature devient indispensable pour préserver la mémoire des lieux et des êtres  dans cette époque de bouleversements rapides. Elle seule pourrait restituer une parole sacrée.

Le lecteur sera touché, attendri par les  confidences de Leïla Slimani lors de cette nuit vénitienne. Ce livre est aussi une magnifique réflexion, une émouvante introspection  sur le sens de l’écriture pour une écrivaine.

 

Leïla Slimani, Le parfum des fleurs la nuit, Ma nuit au musée, Stock, 153 pages, 18 Euros, sortie en Janvier 2021.

visuel : couverture du livre 

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Jean-Marie Chamouard

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