Fictions
La Poupée, un recueil de nouvelles de jeunesse où éclate tout le talent de Daphné du Maurier

La Poupée, un recueil de nouvelles de jeunesse où éclate tout le talent de Daphné du Maurier

11 juin 2013 | PAR Yaël Hirsch

Découvertes en 2010 par un libraire des Cornouailles et pour cinq d’entre elles totalement inédites, les nouvelles de Daphné du Maurier qu’Albin Michel vient d’éditer, datent de la fin des années 1920. Agée d’à peine plus de vingt ans, la grande maîtresse du suspense aux trois œuvres (« Les oiseaux », « L’auberge de la Jamaïque » et « Rebecca ») adapté par Alfred Hitchcock y démontre déjà toute l’étendue de son incomparable finesse psychologique.

daphné du maurierDans une île des Cornouailles, une femme lasse de son mari alcoolique va le tromper avec un marin de passage. Mais le village semble savoir avant elle-même l’étreinte qui va avoir lieu… Une poupée déjà nommée « Rebecca » joue avec succès les femmes très fatales (et très vivantes)… Un révérend mondain londonien est si sûr de sa charité dans le vent qu’il laisse les âmes se perdre avec élégance… Un couple se rencontre pour déjà s’insupporter, un autre n’arrive pas à consommer sa nuit de noce, une jeune-fille à peine sortie du couvent fait sa mijaurée, une femme tente de consoler le chagrin d’amour d’une autre alors qu’elle attend le cœur battant l’homme qu’elle aime, une autre ne comprend pas qu’elle insupporte tous ceux auxquels elle s’attache comme une sangsue.

Les couples se font et se défont avec cruauté dans ces nouvelles de jeunesse de Daphné Du Maurier, où les femmes éternelles fourbes et concurrentes, n’ont pas la part belle. Classées en deux camps : les oies et les manipulatrices, elles font face à un rang d’oignon parfaitement mis en scène d’hommes affairés entre l’Inde et Londres et totalement lâches. Il y a quelque chose qui rappelle un peu Irène Nemirovski dans cette parodie de société britannique où l’hypocrisie est de mise. Les classes les plus bourgeoises sont visées en première ligne mais le petit peuple n’est pas épargné par la plume acerbe de la grande Du Maurier. Une plume que l’on voit s’entraîner à trouver son rythme, de flash back en nouvelles épistolaires, en passant par des flux de conscience menés à leur terme inéluctables en quelques pages. Maîtrise, psychologie, concision et tension, tout le talent de l’auteur est déjà pleinement épanoui dans ces 13 nouvelles.

Daphné Du Maurier, « La poupée », Albin Michel, 255 p., 18.50 euros. Sortie le 2 mai 2013.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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