Fictions

La pendue de Londres : Didier Decoin se penche sur la trajectoire d’une condamnée à mort des années 1950

La pendue de Londres : Didier Decoin se penche sur la trajectoire d’une condamnée à mort des années 1950

22 avril 2013 | PAR Yaël Hirsch

Après « Est-ce ainsi que les femmes meurent » (Grasset, 2009) et Une anglaise à bicyclette (Stock, 2011),l’excellent Didier Decoin de l’Académie Goncourt se penche sur un fait divers qui causa l’exécution très controversée d’une femme ayant assassiné son amant. Une affaire qui serait à l’origine de l’abolition de la peine de mort au Royaume-Uni et que Decoin traite avec génie du double point de vue de la victime et de son futur bourreau.

pendue de londres didier decoinTout commence en Allemagne, en 1945, Albert Pierrepoint, homme sans histoire se trouve être le bourreau en charge de pendre les cadres nazis condamnés à mort. Très fâché de cette petite notoriété, de retour au pays, il doit avouer sa profession réelle à sa femme et se met d’accord avec elle pour ouvrir un pub, ce qui ne l’empêche pas de faire son devoir et mesurer ses longueurs de corde quand le Royaume a besoin de ses services. En parallèle, Decoin développe l’histoire de Ruth Ellis, jeune-femme violée régulièrement par son père,engrossée et quittée par un soldat candie pendant la guerre et qui, avec ses cheveux peroxydés et son rouge à lèvre coquet, commence une carrière de call-girl lui permettant d’élever son fils dans l’Après-guerre. Mais Ruth s’éprend par deux fois d’hommes qui profitent de son argent, boivent et la battent : son mari dont elle porte le nom et de qui elle a une fille et qu’elle quitte. Puis, bien plus tard le coureur automobile David Blakely qu’elle finit par assassiner, après des mois d’agonie et de coups. Jugée pour meurtre, elle se voit refuser sa grâce par le conservateur Gwilym Lloyd George nouvellement élu et entend donc Albert Pierrepoint lui dire le fameux « suivez-moi ». Voir une si jolie tête brisée par la corde émeut le pays entier et pose une première pierre vers l’abolition de la peine de mort. De fait, Ruth Ellis est la dernière femme exécutée en Angleterre.

Magistral tant du point de vue de la construction que du style, « La pendue de Londres » révèle à travers un fait divers, deux psychologies fascinantes, les effluves de toute une époque. Anglophile chevronné, à travers la triste vie et la célèbre mort de Ruth Ellis, Didier Decoin parvient même à transmettre, loin de tout cliché, certains éléments clés de l’esprit « british » au 20ème siècle. Un roman magistral où la littérature fait ses propres démonstrations, sans jamais faire de faux pas du côté du jugement de valeur.

Didier Decoin, La pendue de Londres, Grasset, 336 p., 19 euros, sortie le 2 mai 2013.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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