Fictions

La bolchévique amoureuse, de Manuel Chaves Nogales

La bolchévique amoureuse, de Manuel Chaves Nogales

05 octobre 2017 | PAR La Rédaction

Manuel Chaves Nogales est un journaliste espagnol né en 1897. Pour la revue « Ahora » qu’il dirige, il écrit des reportages sur l’Allemagne nazie et sur l’URSS. En cette rentrée littéraire les éditions Quai Voltaire publient plusieurs ouvrages autour du 100e anniversaire de la révolution russe (octobre 1917 – octobre 2017). C’est ainsi que  La bolchévique amoureuse  se trouve mise en exergue de ce petit recueil. Il s’agit du destin d’une femme vieillie, entre deux âges, aux prises avec deux jeunes gens qui ne partagent ni sa vision de la révolution ni sa vision de l’amour… Eux croient en la maxime de l’épigraphe de la nouvelle : « L’amour est un préjugé bourgeois ».
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« Un jour, à l’école, nous avons étudié les grandes œuvres littéraires de l’Antiquité – Œdipe, Hamlet, Faust. Elles ne sont que stupidité et cruauté. Ces tragédies barbares qui émeuvent si profondément les bourgeois n’ont aucun intérêt pour nous, jeunes communistes. Nous cherchons à régler nos problèmes ; la vie est dure, et notre tragédie, c’est celle qui pèse sur nos existences de travailleurs ; la stupidité et la cruauté subsistent autour de nous – aussi faut-il les détruire au lieu de les magnifier avec de belles phrases, comme s’amusaient à le faire les bourgeois afin de donner du sens à leur existence. »
Ainsi parle Xénia, dix-sept ans, alors qu’elle reproche à Maria son goût pour les légendes folkloriques et de la mythologie. Au cœur des montagnes du Caucase, Maria fait montre de ses talents de conteuse à Xénia et Basile. Elle leur raconte l’histoire de la montagne appelée Besthau. « Besthau et Elbrouz s’aimaient avec l’ampleur et la force qui animent les montages » ; mais un beau jour Elbrouz part à l’aventure, la laissant seule. Alors, par ennui et par vanité cette dernière va se laisser séduire par un vieillard avoisinant. Finalement, horrifiée par sa propre trahison, son cœur se brise en sept morceaux et l’on dit depuis que c’est pour cette raison que la cime de cette montagne est divisée en sept pics.
Deux visions du monde, deux discours sur la vie se heurtent. Maria se fait d’une part le relai du souvenir d’un monde prérévolutionnaire que ses deux interlocuteurs sont trop jeunes pour avoir connu. La dynamique de triangle amoureux problématique qui existe entre eux fait de la nouvelle comme un mini roman expérimental de l’amour en Russie rouge. Xénia et Basile se félicitent de la victoire des valeurs de la révolution qui a permis d’abolir la prééminence des sentiments bourgeois pour revenir à des rapports humains plus simples et essentiels. Or, l’amour, en ce qu’il entraîne le couple, le désir d’exclusivité, la jalousie, les tragédies, n’est-il pas la passion bourgeoise par excellence ?
Les quatre autres nouvelles, plus courtes, nous emportent chaque fois dans un petit univers différent. Elles sont peuplées de personnages fantaisistes dont les lubies sont systématiquement l’élément déclencheur de diverses péripéties : une sombre affaire de faux billets, les rapports conflictuels d’un homme et son double, de sept femmes de ministre qui ne parviennent pas à tomber d’accord sur l’apparence de la femme du gouverneur… L’absurde y côtoie une langue poétique et les histoires tiennent bien souvent presque de la fable, avec toujours une interprétation philosophie possible, voire suggérée.

La bolchévique amoureuse et autres récits, de Manuel Chaves Nogales, Traduit de l’espagnol par Catherine Vasseur, 160 pages, 15 euros. Parution le 21/09/2017.
Visuel : Couverture du livre

Chloé Schwab.

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