Fictions
Je suis une île : de Londres aux Hébrides, une utopie réaliste ?

Je suis une île : de Londres aux Hébrides, une utopie réaliste ?

02 juin 2022 | PAR La Rédaction

Les toutes jeunes Editions Dalva (elles ont soufflé leur première bougie en mai 2022) souhaitent mettre à l’honneur des autrices contemporaines. Pari réussi avec « Je suis une île », récit âpre et émouvant de Tamsin Calidas.

PAR NATHALIE VALLUIS

Illusions perdues

Cela pourrait ressembler à une aventure hippie ou à une décision post-covid : un couple décide de quitter Londres pour fonder une famille et élever des moutons en Écosse.

Sauf qu’il ne s’agit pas d’un roman mais de l’histoire de Tamsin Calidas, que la décision a été prise en 2004 et que ce parcours sur 15 ans n’a rien d’un rêve devenu réalité.

Le basculement douloureux qui s’opère tout au long du livre, dans une tension constante, est scellé dès les premières pages, lorsque Tamsin et Rab, son époux, franchissent la seule limite qu’ils s’étaient fixée pour ce changement de vie :
« Je retiens mon souffle et serre les poings. Dans mon cœur, je n’ai aucun doute. Dans ma tête, je sais que c’est parfait, à un détail près. La propriété se trouve sur une île. Et habiter sur une île est la seule chose que nous nous sommes jurés de ne jamais faire »
Cette phrase résume à elle seule Tamsin Calidas et ses paradoxes : son intuition, sa lucidité, sa volonté farouche qui se fait parfois obstination, sa force et sa déraison.
Car le choix va effectivement se porter sur ce croft (une fermette insulaire), « abandonné et délabré », dont personne ne voulait jusqu’à ce que des « étrangers » acquièrent un titre de propriété auquel seule une naissance sur l’île semblait visiblement donner droit.
Comment s’intégrer dans une communauté où les places sont déterminées par les racines et le genre, comment résister au manque d’argent, aux rêves brisés, à une nature aussi magnifique que rude, à l’isolement, à la souffrance physique, à la perte ?
Si son couple ne trouve pas de réponse commune à ces questions, Tamsin Calidas s’ancre dans ce lieu, devenant elle-même aussi sauvage et forte que les animaux, les rochers et la mer qui l’entourent.

Une ode à la nature

Au-delà d’une histoire livrée avec une honnêteté presque brutale, sans jamais céder au pathos, « Je suis une île » raconte la découverte par une femme de son attachement viscéral à la terre qu’elle s’est choisie.

L’écoulement des saisons, les lumières, les tempêtes et plus que tout la mer, qui se fait à la fois prison et lieu de délivrance, sont décrits avec une justesse et une poésie qui permettent de saisir, à défaut de toujours comprendre, l’acceptation de l’inacceptable.

Un style qui laisse passer l’émotion

Tamsin Calidas, dont la présentation indique sobrement qu’elle vit toujours sur l’île, « dans une ferme où elle élève des moutons, pratique la naturopathie et se consacre à l’apiculture », n’avait probablement pas vocation à devenir autrice. Son écriture est à l’image de son parcours. Elle alterne élans littéraires et passages moins aboutis mais tout aussi forts, notamment lorsqu’elle évoque les confrontations humaines exacerbées dans cet espace restreint par l’eau qui le cerne.

Ces variations donnent toute sa justesse au récit, laissant passer l’émotion sans philtre.

Evidemment, « Je suis une île » n’a rien du parfait livre de plage. Il est parfois nécessaire de le poser pour s’accorder une respiration, tant cette histoire peut-être intense. Mais il serait dommage de passer à côté de ce diamant brut qui aborde, à travers l’intime, des sujets très actuels et touche par sa sensibilité et sa puissance.

Je suis une île, Tamsin Calidas, Éditions Dalva, 360 pages, 23€

Visuel (c) Couverture du livre

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