Fictions
« J’ai tant vu le soleil », Stendhal sous un jour nouveau

« J’ai tant vu le soleil », Stendhal sous un jour nouveau

01 juillet 2020 | PAR La Rédaction

Emmanuel de Waresquiel, historien et fervent lecteur se prête ici à l’essai. Il écrit Stendhal comme il le lit : humain, rêveur, ambitieux, amoureux, passionné. Il se glisse dans la peau de l’auteur aux mille noms qui pourtant ne répond qu’à un seul, Henri Beyle.

Par Sixtine Bénatier

On comprend tout à fait la fascination qu’un lecteur aguerri pourrait avoir pour l’oeuvre de Stendhal. Auteur de La chartreuse de Parme, Le Rouge et le Noir, ou encore La vie d’Henry Brulard, on le connaît aussi pour son amour du soleil de l’Italie qui ponctue son oeuvre et qu’il découvre malgré lui, par une carrière forcée au Ministère de la Guerre. Mais ici, Stendhal apparaît ici nu, sous son vrai jour, sous son vrai nom. Exeunt Henry Brulard, Stendhal, Dominique, Esprit, William Crocodile, comte de l’Espine. Son œuvre ne répond qu’au nom et qu’à la vie d’un seul homme, Henri Beyle.

Sa vie nourrit son œuvre, qu’il mêle inextricablement à ses rêves de vie. Ambitieux, amoureux, rêveur et passionné. “Il n’y a entre l’œuvre de Stendhal et sa vie que l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarettes.” écrit Emmanuel de Waresquiel à ce propos. Sa vie, telle qu’elle apparaît tout au long des pages n’est que le reflet de ses écrits, ou bien l’inverse, on ne sait plus très bien, les frontières se brouillent. Ainsi la Charteuse de Parme n’est que la biographie rêvée de Stendhal ou il se pose en un Fabrice del Dongo héroïque. Mais, ponctué de citations de Stendhal, l’essai dessine avant tout le portrait d’un écrivain pleinement humain. Un homme que guidera l’ambition sociale et l’amour de sa mère, qui ne le quittera pas, à travers chaque femme de sa vie, à travers chaque femme de ses romans.

Emmanuel de Waresquiel, accompagné par Le Rouge et le Noir, La Chartreuse de Parme ou encore La vie d’Henri Brulard depuis qu’il est enfant signe ici un hommage à leur auteur. L’historien aime le personnage et l’écrivain. A mi-chemin entre la biographie et l’essai, on retrouve dans les mots, choisis pour l’occasion, la vénération de l’homme pour l’artiste. on saisit mieux qui était Stendhal: Un homme ordinaire, autant qu’on peut l’être quand on est encore lu plus de cent ans plus tard. Un homme plein de contradictions pour qui l’écriture sonne comme une échappatoire. Et pourtant celle-ci trouve sa source dans l’humain.

Souvent rattrapé par sa profession d’historien et une passion pour les événements politiques du XIXème siècle, Emmanuel de Waresquiel réussit cependant son hommage à cet homme bien trop en avance sur son époque pour l’aimer. Sous la plume d’Emmanuel de Waresquiel on comprend aussi mieux le contexte d’écriture de l’oeuvre de Stendhal qui s’ancre profondément dans son époque. Ainsi dépeindra-t-il la bataille de Waterloo dans La Chartreuse de Parme, et même ses contemporains à travers La vie d’Henry Brulard.

Claude Roy en 1958 écrivait dans Le malheur d’aimer: “Les gens heureux n’ont pas d’histoire. Ils s’en inventent”. Alors, au gré de la lecture, on rêvera tour à tour d’un Stendhal éternel insatisfait de son existence, ou d’un second pourquoi pas heureux, finalement.

Emmanuel de Waresquiel, J’ai tant vu le soleil, Collection Blanche, Gallimard, 128 pages, En vente en librairie physique et en ligne. 13,00 €

Visuel : couverture du livre

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