Fictions

Isabelle Mayault : Une longue nuit mexicaine

Isabelle Mayault : Une longue nuit mexicaine

17 mars 2019 | PAR Jean-Marie Chamouard

A 32 ans, la journaliste indépendante Isabelle Mayault, publie son premier roman. Madrid, Lisbonne et Mexico : c’est le parcours d’une précieuse valise contenant les négatifs de photographies inédites de la guerre d’Espagne.

Après le décès accidentel de sa cousine, le narrateur hérite d’une mystérieuse valise. Sa cousine Gréta, qu’il aime comme une sœur, est une actrice, originale et fantasque, « l’incarnation de l’in-tranquillité ». La valise a été ramenée au Mexique en 1942 par Maria la mère de Gréta. Cette valise contient des bobines et des négatifs de la guerre d’Espagne. Elle a été confiée à Maria par son amie Olivia, qui a rejoint l’Espagne en 1936. Elle y soigne les blessés comme étudiante en médecine au pays basque où elle rencontre le photographe Chim. A Madrid elle est confrontée à la violence de la guerre puis elle est blessée dans un bombardement. Elle rejoint alors Lisbonne où elle devient peintre. Chim lui retourne au Mexique et décide de rassembler tous ses négatifs ainsi que ceux des photographes Capa et Taro : l’histoire de la valise peut commencer. Elle va hanter le narrateur tel un trésor maudit qui aurait écourté la vie de sa tante et de Gréta son « absolu féminin ». Il n’arrive pas à révéler l’existence de la valise à sa femme Mireille. Lentement l’idée d’exposer les négatifs va s’insinuer en lui, lors d’un voyage à Madrid en regardant « Guernica » puis lors d’une exposition consacré à la guerre d’Espagne à Mexico. Ce n’est que beaucoup plus tard, à la mort d’Olivia, que se dévoile totalement la valeur historique et artistique de ces négatifs.

Alors que l’intrigue se met doucement en place l’auteur nous présente avec finesse et humour toute une famille mexicaine avec ses personnages hauts en couleur. Le Mexique est présent dans le texte par petites touches avec ses couleurs, son histoire et son lyrisme révolutionnaire mais aussi sa pauvreté et sa violence. Après l’exaltation initiale, l’horreur de la guerre et de la défaite sont décrites à travers le destin d’Olivia. L’auteur aborde le travail des photographes de guerre indépendants, présents pour la première fois dans un conflit jusque sur le front. La valise et les négatifs sont le fil conducteur du livre : ils restent un peu souterrains dans la vie plutôt routinière du narrateur, mais s’imposent comme le fantôme d’un passé familial qui ne passe pas. Isabelle Mayault écrit ainsi un livre sur la mémoire familiale, la perte et le deuil. Pour le narrateur les négatifs sont en effet les gardiens du souvenir de sa cousine tant aimée Gréta .
Ce livre de lecture facile et agréable, est intéressant par son rappel de la guerre civile espagnole mais aussi par la finesse de l’analyse psychologique des personnages du roman.

Isabelle Mayault, Une longue nuit mexicaine, Gallimard, 266 pages, 21 Euros, sortie le 07- 02- 2017
visuel : couverture du livre

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Jean-Marie Chamouard

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