Fictions
Gran Balan, de Christiane Taubira

Gran Balan, de Christiane Taubira

24 décembre 2020 | PAR Jean-Marie Chamouard

« Gran Balan » est une fresque romanesque sur la Guyane, ses traditions, sa nature, son histoire multiculturelle mais aussi sur les  difficultés et souffrances actuelles de sa population.

 

Un roman sur la jeunesse

Gran Balan est un roman sur la Guyane, sur sa jeunesse en particulier. L’auteure dépeint son pays par tableaux successifs. Un procès dans un tribunal puis l’incroyable carnaval de Cayenne avec le défilé des «  Touloulous » et la danse des Diables Rouges. Le livre se poursuit avec la visite d’un centre éducatif fermé à la lisière de la forêt équatoriale. Une flottille de canots, aborde une réserve  naturelle : ceux sont des jeunes originaires de Guyane et du Surinam, rassemblés pour un bivouac et la visite de lieux de mémoire. Le lecteur fait la connaissance de Kerma, le chauffeur de taxi illégal accusé de complicité de meurtre, de Pol Alex l’éducateur dévoué et bienveillant, de Dora la photographe et reporter. Il découvre un pays aux cultures et traditions multiples : européennes et créoles, amérindiennes et noires. Un pays à la mémoire douloureuse : celle de l’esclavage, du code noir, du bagne, du combat des esclaves en fuite : les « Marrons » et celui des amérindiens qui luttent encore pour la survie de leur mode de vie. La mort  de Judes Edvar,  dernier indien d’un hameau fantôme, assassiné par les chercheurs d’or clandestins donne lieu à une étonnante cérémonie funéraire. Le roman se termine par le procès d’assise de Kerma qui parait, comme la jeunesse guyanaise, étranger à son destin. 

Une déclaration d’amour à la Guyane

Ce premier roman de Christiane Taubira pose un regard lucide sur la Guyane mais c’est aussi  une déclaration  d’amour pour cette terre. Les descriptions sont nombreuses sur la nature, sa faune, sa flore. Le fleuve Maroni, frontière avec le Surinam  est impressionnant surtout lorsqu’il est survolé par de menaçantes chauves- souris noires ! Les références aux objets traditionnels amérindiens sont nombreuses, leurs noms souvent inconnus aux lecteurs métropolitains. Le lecteur ressent une ambiance singulière, une sensation de dépaysement. La militante et  femme politique est également présente : Christiane Taubira retrace l’histoire de la Guyane faite de discriminations et de résistances. Elle aborde les enjeux écologiques, la violence et l’insécurité endémique, les difficultés de la jeunesse guyanaise confrontée au chômage, à la pauvreté, à l’ennui. Le choix est souvent entre l’exil en métropole et une absence d’avenir. Les Guyanais gardent toujours le sentiment d’être soustraits à leur territoire, d’être exclus des décisions les concernant.

« Etre à Gran Balan » signifie avoir la force de contrôler son propre sort. Voilà le sens de ce livre, le souhait de Christiane Taubira pour la Guyane.

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Christiane Taubira, Gran Balan, Plon, 360 pages, 17,90 euros, sortie en septembre 2020.

visuel : couverture du livre

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Jean-Marie Chamouard

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