Fictions

« Et Wolf fils de Hersh devint Willy » de Israël Joshua Singer

« Et Wolf fils de Hersh devint Willy » de Israël Joshua Singer

06 octobre 2016 | PAR David Rofé-Sarfati

Ukraine, avant la Première Guerre mondiale. Wolf est très heureux sur le domaine de son père Hersh. Il préfère s’occuper du bétail et faire des promenades dans la campagne plutôt que d’étudier. Quand il rentre du service militaire, son père a vendu le domaine pour s’installer dans la bourgade voisine. Par dépit, Wolf part pour l’Amérique. Débarqué à New York, il ne se fait pas à la vie urbaine. Il s’installe alors chez un paysan protestant et sa fille Esther. Tout en se rapprochant d’Esther, il découvre le mode de vie protestant, austère. C’est ainsi qu’il devient Willy.

Né en Pologne en 1893, Israël Joshua Singer, frère aîné et mentor du prix Nobel de Littérature, Isaac Bashévis Singer deviendra l’un des écrivains les plus connu du Yiddishland. Né d’un père rabbin hassidique et d’une mère fille de rabbin, il grandit à Varsovie où son père était un leader spirituel. Il s’émancipa de la tradition familiale et s’intéressa à la vie artistique prolifique en Pologne à cette époque. À partir de 1916 Singer devint journaliste dans la presse yiddish européenne. En 1921 il devint correspondant pour le journal américain The Forward. En 1934 il quitte la Pologne et s’installe à New York. Il meurt d’une crise cardiaque à l’âge de 50 ans à New York en 1944. Ses mémoires « Fun un velt Vos iz Nishto » (D’un monde qui n’est plus) sont publiées à titre posthume en 1946.

Sort aujourd’hui un inédit à lire en une après-midi, qui sera bien remplie par un voyage dans le temps pour une époque de jubilation rare où les mots savaient sous la plume de quelques génies faire de l’esprit, de ce Witz où Freud a entendu l’inconscient qui parle en contrebande, où se dévoile l’âme humaine tout simplement. Entre roman et nouvelle, le lecteur se plonge dans l’univers du Shtetl, dans une sereine ruralité perdue et dans l’humour propre à cette génération fait d’auto dérision, de distanciation et de fausse sidération, profondément laïc sans jamais rompre avec une discussion ininterrompue avec Dieu, profondément cynique sans ne jamais abandonner un optimisme nécessaire.

Le propos semble être celui déjà iconoclaste du mariage mixte, mais derrière se cache un récit qui fait autrement sédition. « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair » explique l’injonction biblique. L’homme se détachera de son origine pour s’attacher à une femme, c’est la promesse de la bible mais qu’advient-il  à l’homme, à ce pauvre Willy, lorsque l’origine resurgit sous forme d’un shtetl entier atterrissant dans son salon et sur sa ferme, cannibalisant toute sa vie jusqu’à sa femme même. Le roman de Singer, très drôle, il ne faut pas rater l’entretien avec le rabbin ou la visite chez le boucher œcuménique,  nous raconte cela.

Et Wolf fils de Hersh devint Willy
Traduit du yiddish
par Monique Charbonnel-Grinhaus
À paraître le 6 octobre 2016

[Londres] Frieze et Frieze Masters : une édition 2016 historienne
« Les Jeux de l’amour et d’Offenbach » : gloire au maître de l’opérette !
David Rofé-Sarfati
David Rofé-Sarfati est Psychanalyste, membre praticien d'Espace Analytique. Il se passionne pour le théâtre et anime un collectif de psychanalystes autour de l'art dramatique www.LautreScene.org. Il est membre de l'APCTMD, association de la Critique, collège Théâtre.

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *