Fictions

Direction les années 2000 avec Arnaud Le Guern et son deuxième roman « Une jeunesse en fuite »

Direction les années 2000 avec Arnaud Le Guern et son deuxième roman « Une jeunesse en fuite »

03 mars 2019 | PAR La Rédaction

 

 

C’est la guerre du Golfe ! La mère de notre narrateur est « son garde du cœur », et son père, un médecin breton dans l’armée. Après avoir fait le Tchad et tant d’autres, le voilà parti défendre les intérêts pétroliers occidentaux en prise direct avec l‘affreux Saddam qui lorgne jalousement sur les réserves de Koweït City.

Par Cyril Montana

 

« Une jeunesse en fuite », c’est en partie la relation épistolaire entre un fils ado et ce père, de janvier à avril 91, où ce dernier raconte la monotonie de l’attente, puis les blessés, les morts, la distance, les lettres et les colis qui peinent à arriver « si vous voulez me faire plaisir vous pouvez m’envoyer une bouteille de whisky et un saucisson. Bien entendu cachés et protégés dans d’autres objets ». Le tout avec une écriture par essence difficile à lire. C’est peut-être ça le revers de la médaille d’être fils de médecin et de n’avoir donc certainement jamais du attendre aux urgences : celui de perdre ce précieux temps gagné jadis, à déchiffrer laborieusement les pattes de mouche de son père.

 

« Une jeunesse en fuite » c’est aussi une plongée dans l’adolescence de l’auteur. « Les mélodies de Jean-Jacques Goldmann étaient sur toutes les ondes. Les écouter ne rendaient pas les filles insensibles (…) tandis qu’Apostrophes était rebaptisé Bouillon de culture (…) et qu’un hommage  (à Freddy Mercury NDLR) à Wembley réunira Gun’s and roses, Elton John, David Bowie et Lisa Stansfield. Les jambes de Lisa Stanfield, tandis qu’elle  apparaissait sur scène avec un aspirateur pour reprendre « I want to break free» : une incitation à partager ses travaux ménagers ».  Un saut dans les 90’s qu’Arnaud Le Guern nous raconte à la manière de flashs successifs, précis, aux contours marqués et aux couleurs tout aussi affirmées que singulières. Des phrases comme des lasers, des images stromboscopiques parfois qui nous disent les années VHS à regarder Al Pacino, Danse avec les loups ou encore Alice de Woody Allen.

 

Il est sacrément fortiche ce Le Guern pour distiller les références au bon moment, sans trop en faire non plus. Le juste équilibre qui provoque cette bascule jouissive dans le passé par des phrases savamment distillées ici et là, dont on aimerait de souvenir toute sa vie, des évocations qui nous arrivent en pleine poire sans que nous ne les ayons vues venir. Un de ces petits bonheurs dont lui seul semble avoir le secret. « La douceur des choses tu la touches déjà du doigt. Il te suffit d’approfondir la caresse » ou encore  « je crois que je continuerais à opposer ma légèreté à la lourdeur des jours » Bref, celles qu’on aimerait avoir écrites.

 

Ce n’est pas donc pas un hasard si ce deuxième roman récolte une moisson d’articles de presse unanimes. Pas étonnant non plus que parmi ceux-là, un Frédéric Beigbeder le définisse comme un Néo-néo-néo hussard dans le Figaro Magazine,  « un style sec, des phrases provocantes, une attirance pour l’alcool, la fête, les voitures rapides et les femmes indifférentes ».

 

A se procurer bien vite chez tous les bons libraires, et à déguster lentement s’il vous plait, puisqu’on vous dit que c’est l’élixir de Néo-néo-néo hussard, et avec des phrases ciselées ! « J’embrasse ta nuit mon amour… »

Une jeunesse en fuite Arnaud le Guern. Editions du Rocher 2019. 17€90.

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