Fictions
Deux textes de Roberto Bolano réédités chez Christian Bourgois

Deux textes de Roberto Bolano réédités chez Christian Bourgois

30 octobre 2013 | PAR Yaël Hirsch

Les éditions Christian Bourgois rééditent deux titres épuisés de l’auteur chilien des Détectives sauvages  et 2066. Monsieur Pain et Amuleto sont deux textes virtuoses, courts et un peu surréalistes qui se passent à Paris et à Mexico, à découvrir en librairie dès le 7 novembre.

[rating=4.5]

Paris, fin des années 1930. Alors que le poète espagnol Cesar Vallejo se meurt, une de ses amies française fait appel à un acupuncteur, Monsieur Pain (1988), pour sauver le grand homme. C’est ainsi qu’ en pleine Guerre d’Espagne, sans même avoir rencontré son supposé patient, le praticien se trouve au centre d’une intrigue politique qui le dépasse largement. C’est par sa voix non éclairée que nous voyons se dérouler sa folle vie depuis qu’il est sensé soigner Vallejo.

amuletoDans Amuleto (2004), c’est une femme qui parle. Et quelle femme! Il s’agit de la poétesse chilienne exilée au Mexique, Auxilio Lacouture, bien connue pour avoir survécu près de deux semaine dans les toilettes de l’université de Mexico après la charge que le lieu a subi de la part de la police en septembre 1968. Par sa voix personnelle et chaleureuse, c’est tout un microcosme littéraire, toute une violence politique et toutes les pesanteurs de l’exil qui sont évoqués.

Entre un premier texte très borgesien et un texte plus mature, l’on retrouve tout Roberto Bolano dans ces deux rééditions. Tout y est : le goût de la langue et la force quasi-sacrée des poètes  de leur cercle, l’exil évoqué à la première personne et surtout une manière bien particulière d’évoquer la violence politique. Guerre d’Espagne ou dictature latine, cette dernière ne se montre que partiellement, elle affleure sous forme d’ombre menaçante, pour créer un climat de grande peur et une inquiétante étrangeté à la fois surréaliste et existentielle. Un malaise qui se partage dans de bien belles phrases qu’on a presque toutes envie de retenir… Un grand écrivain à découvrir ou redécouvrir à travers deux textes courts et abordables que les amoureux de Cortazar ou Borges dévoreront autant que les connaisseurs qui apprécient déjà Roberto Bolano.

Roberto Bolano, Monsieur Pain, trad. Roberto Amutio, Christian Bourgois,192 p., 8euros.
Robert Bolano, Amuleto, trad. Emile et Nicole Martel, Christian Bourgois, 192 p., 8 euros.

« Il m’arrive de penser que mes livres et mes figurines m’accompagnent d’une certaine façon. Mais comment peuvent-ils m’accompagner, je me le demande. Ils flottent autour de moi ? Ils voltigent au-dessus de ma tête ? Les livres et les figurines que j’ai fini par perdre se sont transformés en air du DF ? Ils sont devenus la cendre qui parcourt cette ville du nord au sud et d’est en ouest ? Peut-être. La nuit obscure de l’âme avance dans les rues du DF en balayant tout. Ici, c’est tout juste si on entend encore une chanson, alors qu’auparavant tout était chanson. Le nuage de poussière pulvérise tout » ? Amuleto, p. 23

« Mais que l’on me comprenne bien. L’euthanasie n’est pas la seule manière de mourir. Je n’ai pas d’intérêt quelconque à ce qu’un patient choisisse cette voie pour quitter ce bas monde. Ce qui me tient à cœur, c’est que les malades puissent faire un choix, s’ils en sont capables et que ce choix soit respecté. » Monsieur Pain, p. 81.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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