Fictions

Danse Noire, une saga familiale canadienne et cinématographique par Nancy Houston

Danse Noire, une saga familiale canadienne et cinématographique par Nancy Houston

10 août 2013 | PAR Yaël Hirsch

L’auteure de « Lignes de failles » propose une nouvelle saga familiale sur trois générations et aux flash-back d’autant plus savants que le texte est présenté comme un scénario de film à venir. Efficace mais l’effet de style qui mêle français et anglais locaux sur 350 pages apporte une lourdeur difficile à surmonter…

[rating=2]

nancy houston danse noireAlors que le célèbre scénariste Milo Noirlac est en train de vivre ses derniers instants après s’être assuré une descendance brésilienne, le réalisateur new-yorkais Paul Schwartz lui propose qu’ils préparent ensemble un film sur sa vie. En flash-back l’histoire remonte au grand-père irlandais, Neil, envoyé en tant que jeune poète à la conquête du nouveau monde par la plume nationale Yeats et se poursuit dans un Canada des années 1950 encore très marqué par le poids de l’Église, des mœurs corsetés et de la discrimination des indiens. Le père de Milo, Declan est l’un des nombreux fils de Neil Kerrigan. Declan a conçu l’enfant avec la prostituée indienne Anawita, qui s’est shootée à l’héroïne pendant sa grossesse pour tenir le choc d’une vie très glauque. Cette dernière fait signer à Declan une promesse de s’occuper de l’enfant, promesse tenue par le patriarche, Neil, qui a toujours maintenu un contact avec l’orphelin abandonné par ses deux parents, à travers son difficile périple de foyer en foyer. Une histoire parsemée de douleurs, de mépris, de viols, mais qui finit bien, entre la Capoera et Hollywood.

de structure complexe et travaillée, « Danse noire » raffine encore ses pépites textuelles de patois anglais et français du Canada, où Nancy Houston traduit elle-même son anglais oral. Le tout s’étire un peu et sans vraiment toucher, tant la lecture est heurtée par la traduction, la mise en abyme du scénario et l’effort que doit faire le lecteur pour remettre les morceaux dans l’ordre. Un morceau de bravoure donc, riche de références historiques importantes sur le Canada, mais qui ne parvient pas jusqu’aux tripes, comme Houston a souvent pu savoir le faire.

Nancy Houston, « Danse noire », Actes Sud, 368 p., 21 euros, sortie le 22 août 2013.

« Elle glisse de son tabouret et vient le rejoindre au jukebox en se dandidant. malgré la courbe de la grossesse, sa dégaine de pute a quelque chose de touchant et d’enfantin : elle doit être mineure après tout, se dit-il, et cette pensée déclenche en lui une lame de désir violent. Love it, dit-il, et tandis que sa main gauche insère la pièce dans la machine et appuie sur Baby Get Lost, la droite se glisse le plus naturellement du monde autour de la taille épaissie de la fille. Et quand, souriante, elle se tourne vers lui et susurre : Hey baby, you’re sweet, il l’attire à lui.

On peut couper là… Les retrouver ensemble dans la petite chambre crasseuse au-dessus du bar, après le paiement de l’acte, nus parmi les draps sales entassés pêle-mêle sur le lit? » p. 31

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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