Fictions
« Cave » de Thomas Clerc : Les tréfonds du sexe

« Cave » de Thomas Clerc : Les tréfonds du sexe

05 octobre 2021 | PAR Julien Coquet

Après avoir exploré minutieusement son appartement dans Intérieur, Thomas Clerc descend dans la cave de son immeuble. Pour y croiser tous les délires et ses fantasmes d’auteur.

Comment prendre Cave de Thomas Clerc ? Comment l’aborder ? Au départ, tout commence bien, et même de façon un peu monotone. En 2013, Thomas Clerc fait paraître Intérieur, soit le portrait de son appartement, la tentative d’épuisement d’un lieu de 50 m². Mais voilà que l’auteur se souvient : la cave, mais oui la cave ! Comment a-t-il pu oublier cette pièce ? Et Thomas Clerc d’y descendre, d’y livrer quelques considérations banales sur ce lieu sans vie (« Je dus me rendre à l’évidence : il n’y avait rien ici ou presque de nature à me satisfaire »).

Et pourtant… Thomas Clerc découvre une inscription, en latin qui plus est. Intrigué, il se penche sur la signification des mots. Véritable Indiana Jones, l’auteur va de découverte en découverte, de surprise en surprise. La cave, que Thomas Clerc croyait close, renfermée sur elle-même, se présente en réalité ( ?) comme un univers étendu où les couloirs mènent à des labyrinthes et où le sexe règne.

Qui chercherait des descriptions scabreuses voire de la pornographie serait déçu. Cave est bien plus réflexif, profond et souvent labyrinthique. Les déambulations de l’auteur, lors desquelles il croise toutes les femmes de ses rêves, le conduisent à poser ce postulat : « Je pose donc comme impossible l’acte sexuel, du moins si je le compare aux activités qui constituent la trame d’une existence redondante ».

Clerc parsème son récit exploratoire de digressions, de réflexions, de citations, faisant du texte un fouillis qui pourra en perdre quelques-uns (le narrateur étant lui-même perdu dans sa cave). Le texte présente aussi différentes typographies, un discours narratif classique alternant avec des réflexions autres (personnelles, culturelles).

« Je ne cherchais pas à comprendre plus avant ce que signifiait l’amour : j’étais arrivé à un âge de la vie proche de l’équateur, où on ne tient plus à percer le mystère des choses mais à construire une sérénité. J’étais donc en un sens déjà mort, et ma présence en leur royaume s’expliquait alors plus clairement. Le film écrit d’une vie trop immobile. Truffaut resta un moment en ma compagnie, parlant autant qu’il écoutait ; je n’osai lui demander la raison de sa chute ici, lui qui s’était accompli sur cette terre, mais je savais que sa rupture avec Catherine Deneuve l’avait mené à un effondrement psychique que masquait son image de séducteur concentré sur son œuvre. »

Cave, Thomas Clerc, Gallimard, collection L’Arbalète, 288 pages, 19 €

Visuel : Couverture du livre

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Julien Coquet

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