Fictions
Avec Poussière dans le vent, Leonardo Padura nous conduit sur les traces des émigrés cubains

Avec Poussière dans le vent, Leonardo Padura nous conduit sur les traces des émigrés cubains

19 août 2021 | PAR Julia Wahl

Après Hérétiques et L’Homme qui aimait les chiens, le romancier cubain nous propose cette fois de suivre le parcours de Cubains contemporains.

Retour au polar ?

Si c’est avec le genre du polar que Leonardo Padura a commencé, il semblait avoir dit adieu au roman policier avec ses dernières œuvres. La réalité est plus complexe : le mystère et le suspens restent les principaux ressorts de ses romans, construits sur un entrelacs de prolepses et d’analepses qui, comme dans le roman policier à énigme, permet au lecteur et au personnage de s’approcher d’une vérité cachée.

On l’aura compris, Poussière dans le vent n’échappe pas à la règle : c’est la découverte par Adela, une jeune immigrée cubaine aux États-Unis, d’une photo vieille de 25 ans présentant une femme ressemblant étrangement à sa propre mère, qui marque le départ d’une enquête sur le parcours de cette mère peu ordinaire. Les analepses permettent alors au lecteur de reconstituer, peu à peu, un passé qui échappe encore à Adela. Mais cette intrigue est surtout un prétexte pour entraîner les lecteurs sur les traces de la dictature castriste comme sur celles des difficultés d’intégration des émigrés.

Un roman choral

Car l’enquête sur le passé de la mère d’Adela nous conduit au sein d’un groupe d’amis cubains, dont les liens s’étioleront avec le temps et les ambitions de chacun. Quand les uns décideront d’émigrer aux États-Unis, d’autres préféreront l’Espagne, quand les derniers choisiront de rester dans cette île de plus en plus pauvre. Aussi suivons-nous ces différents personnages grâce à des tranches de vie qui se répondent.

Ce choix du roman choral rend compte de la pluralité des devenirs cubains. La diversité des parcours permet à l’auteur de décrire les paradoxes de plusieurs sociétés qui, pour vivre côte à côte, s’ignorent. A la misère et à la dictature cubaines s’opposent ainsi le libéralisme et le racisme ordinaire des démocraties « modernes ». Est surtout interrogée la difficulté pour les émigrés, qu’ils vivent en Europe ou en Amérique, de faire cohabiter leurs nombreuses identités.

Malgré des personnages féminins un peu stéréotypés, Poussière dans le vent convainc donc autant par la subtilité de sa description du monde contemporain que par son aptitude à mener une intrigue.

 

Poussière dans le vent, Leonardo Padura, Éditions Métailié, 24,20 €, 640 pages. Titre original : Como polvo en el viento. Traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis.

 
 

Visuel : couverture du livre

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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