Fictions
A l’aide ou le rapport W : Emmanuelle Heidsick imagine un monde où la solidarité serait pénalisée

A l’aide ou le rapport W : Emmanuelle Heidsick imagine un monde où la solidarité serait pénalisée

02 août 2013 | PAR Yaël Hirsch

Dans le flux éclectique de la rentrée littéraire des éditions inculte, l’auteur et journaliste spécialiste des questions sociales Emmanuelle Heidsick imagine un monde à la fois proche et kafkaïen où rendre service serait pénalisé comme infraction au marché. Une dystopie littéraire très bien menée.

Tout commence par l’arrestation d’un professeur de droit à la retraite arrêté pour avoir aidé un de ses voisins. Derrière cet acte dictatorial se cache une bureaucratie bien huilée de démocratie ultra-libérale, qui estime que tout don, contre-don ou coup de main non-rémunéré nuit à la fluidité du marché où tout doit avoir une valeur monétaire. A l’intérieur de cette cage d’acier, deux hommes sont en concurrence : le jeune quadra aux dents longues, A, qui dirige les opérations sans vergogne ; et, directement sous ses ordres le plus mature B, « parachuté » de Bercy et plus propice aux états d’âmes…

Mêlant description syncopée de cette immense colonie pénitentiaire que devient un État où chaque geste est monnayé et dialogues à l’ « ancienne » où des inconnus se rendent service avec cœur ou simplement par politesse, Emmanuelle Heidsick dresse un portrait à la fois noir et fascinant d’un monde au futur si proche qu’il semble déjà presque présent. Une belle manière littéraire de dénoncer les égarements d’un individualisme et d’une bureaucratie qui n’en finissent pas de balayer tous les autres modes de sociabilité.

Emmanuelle Heidsick, A l’aide ou le rapport W, Inculte, collection « Laureli », 144 p., 14 euros.

« Première partie : rappel historique de  la législation sur le non-profit. B connaît le sujet, se concentrer, pitié, ne pas avoir d’absence, deadline demain soir, se concentrer. Il va développer deux sous-sections, l’affaire des mutuelles et celle des associations. En un mot, la mise au pas de ce que l’on appelle ‘l’économie sociale et solidaire’. A priori, cela devrait aller. » p. 97

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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