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Fanny Chiarello et l’ironie de la fin du monde

20 juillet 2010 | PAR Yaël Hirsch

Après plusieurs années concentrées sur la poésie et les nouvelles, l’auteure de « Si l’amour durait, j’dis pas » (2000, Pocket) revient au roman. « L’éternité n’est pas si longue » (L’Olivier) présente la fin du monde à la suite d’une reviviscence de la variole à travers un groupe soudé de quatre amis qui tentent de (sur)vivre à l’épidémie sous le même toit. Imagé et décalé.

Nora part pour un premier week-end en amoureuses avec la belle Pauline pour entendre à Deauville la conférence du pédant professeur Walter. Son dernier livre tient des propos alarmants à propos du virus de la variole, normalement éradiqué depuis longtemps … Le retour à Paris est marqué par un double cataclysme pour Nora : une menaçante épidémie de variole commence à décimer la population, et ulcérée par la réaction de Nora à cette nouvelle Pauline la quitte… Fantasque mais peu courageuse, Nora décide très vite d’arrêter de travailler car le virus est extrêmement contagieux et être en contact d’autres êtres humains accroît les risques. Elle se remet vite de son chagrin d’amour, et se replie sur sa sphère privée : le quatuor d’amis qu’ils forment avec Miriam, Raymond et Judith. Les quatre amis emménagent dans une villa en banlieue parisienne et font un sitting dans le salon devant les nouvelles. Et le lecteur assiste à la fin du monde à partir des rapports qu’en fait Nora. L’héroïne a une théorie originale : seuls ceux ou celles qui ont un nom d’ouragan semblent survivre…

Poétique et peu banal, le récit de Fanny Chiarello n’est pas une dystopie ordinaire. « Weirdoe » sympathique, et revenue elle-même d’entre les morts à la suite d’un long coma, Nora est un guide décalé dans la terreur. Mêlant à de graves questions existentielles ses petits soucis quotidiens, ce personnage principal et attachant analyse un état d’exception qui éclaire diablement bien nos petits travers routiniers de notre époque tranquille.

Fanny Chiarello, « L’éternité n’est pas si longue », L’Olivier, 295 p., 19 euros. Sortie le 19 août 2010.

« Je me souviens de l’amour. L’amour est l’une des créations de l’esprit auxquelles j’ai autrefois adhéré avec le plus de hargne. Il s’agit en substance de porter son attention sur une personne (avec ce manque de discernement que, par élégance, on appelle plutôt intuition) et de la plier minutieusement de manière à la faire entrer dans un costume dont on a dessiné le patron dans le noir. Une discipline que je situerais quelque part entre la prestidigitation d’Houdini et l’origami de compétition. » p. 243

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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