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Fadwa Touqan, la poésie palestinienne au féminin

Fadwa Touqan, la poésie palestinienne au féminin

16 octobre 2011 | PAR Coline Crance

Fadwa Touqan (1917 – 2003) est une poétesse palestinienne célèbre dans tout le monde arabe  sous le nom de « poétesse de la Palestine ». Elle conjugue au féminin les thèmes chers au romantisme: la nature, l’amour, la solitude, la tristesse, le désarroi, dans un style raffiné, délicat et plein de sensibilité. « Il me suffit de mourir dans mon pays, d’y être enterrée, de m’y dissoudre et m’anéantir », Elle est l’une des rares voix féminines de la poésie palestinienne.

Fadwa Touqan a souffert en tant qu’enfant non désiré dans sa famille traditionnelle, avec un père despotique et une mère soumise de dix enfants. Cette poétesse palestinienne est née à Naplouse en Cisjordanie en 1917, l’année de la déclaration Balfour. Elle connaît donc la Palestine sous mandat britannique, assiste à la création d’Israël, et vit sous l’occupation et l’émergence d’une autonomie palestinienne. Vivant déjà dans un pays en guerre, elle ne trouve pas plus l’harmonie au sein de sa famille. Sous l’autorité de son père et de l’un de ses frères,Youssef, elle est interdite dès l’âge de treize ans d’aller à l’école. Le motif ? Un jeune homme a essayé de lui offrir une rose. Dans Le rocher et la peine, le premier tome de son autobiographie, elle relate cet épisode majeur de sa vie et la violence de la sanction et de sa condition : «  Tu ne sortiras plus que le jour de ta mort, lorsque nous t’emmènerons au cimetière. » (Cette situation l’a probablement poussée à fonder des années plus tard, un centre de recherche sur la situation des femmes à Naplouse.) Son histoire devient alors selon ses propres mots : « l’histoire de la lutte d’une graine aux prises avec la terre rocailleuse et dure. C’est l’histoire d’un combat contre la sécheresse et la roche »

Heureusement, elle trouve le salut grâce son autre frère Ibrahim Touqan, jeune poète de talent considéré comme l’un des fondateurs de la poésie palestinienne. Il l’initie alors à la poésie et lui apprend les règles de la prosodie arabe classique. Devant l’absurdité de sa condition, elle se met alors à écrire avec acharnement et recouvre ainsi une liberté personnelle, elle qui pourtant écrivait que son temps était celui de « l’asservissement » et son espace «  celui de la prison domestique ». Ses premières poésies sont des élégies. Puis après la Guerre des six jours de 1967 et l’occupation de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, sa poésie s’oriente vers des thèmes plus nationalistes. Elle décrit alors son peuple, et sa belle ville de Naplouse qui se consume en vain et qui n’a de cesse d’armer le bras « des enfants des pierres ». « Ils sont morts/ Debout astres scintillants/ Embrassant la vie sur la bouche. Regarde-les au loin enlacer la mort pour exister encore. » (Les Martyrs de l’Intifada)

Dans le deuxième volume de ses mémoires, Le cri de la pierre, Fadwa Touquan raconte ses souffrances et ses espoirs pour une paix durable. Elle évoque ses amis, palestiniens et israéliens, la compréhension et le soutien qu’ils lui ont toujours témoignés. Chacune des rencontres sont relatées avec beaucoup de finesse et d’ironie. Elle se rappelle de Moshé Dayan qui souhaite lui « parler de poésie », puis de Gamal Abdel Nasser qui veux savoir l’objet de son entretien avec le ministre de la Défense israélien et de nouveau Dayan qui se demande alors à son tour ce qu’elle a bien pu dire au président égyptien. Le cri de la pierre est aussi l’occasion d’évoquer ses entretiens avec Anouar el-Sadate mais aussi avec Yasser Arafat et de confier ses espoirs de voir la paix s’instaurer au Moyen-Orient. Anouar el-Sadate reçoit le prix Nobel de la paix conjointement avec le premier ministre israélien Menahem Begin pour les accords de Camp David, premier traité de paix entre Israël et un pays arabe.

Fadwa Touqan après avoir été récompensée internationalement tout le long de sa  vie, s’éteint dans sa ville de natale de Naplouse en 2003 des suites d’un arrêt cardiaque.

Il m’a suffit de rester dans ses bras

Il m’a suffit de mourir dans ses bras
d’être enterrée là
de fondre sous son limon et disparaître
de renaître d’herbe sur son sol
et de renaître fleur
que chiffonne la main d’un enfant poussée dans mon pays
Il m’a suffit de demeurer dans le sein de mon pays
de terre et d’herbe et de fleur

( Traduit de l’arabe par Marianne Weiss Al-Ahram Hebdo)

Le rocher et la Peine et le cri de la Pierre de Fadwa Touqan, traduit de l’arabe par Joséphine Lama et Benoît Tadié sont disponibles en français aux éditions l’Asiathèque, Maison des langues du Monde.

 

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