Essais

Vieillir est un labeur : Linn Ullmann publie « Le registre de l’inquiétude »

Vieillir est un labeur : Linn Ullmann publie « Le registre de l’inquiétude »

02 janvier 2019 | PAR Jean-Marie Chamouard

Linn Ullmann est la fille du cinéaste Ingmar Bergman et de l’actrice Liv Ullman. Dans ce roman sensible et mélancolique, elle décrit son enfance, ses relations avec ses parents et surtout la vieillesse et la fin de vie de son père.
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En 2006, pour la première fois le père avait un retard de 17minutes pour leur rendez vous cinématographique. La fille est immédiatement inquiète surtout qu’étaient apparus auparavant quelques trous dans une mémoire jusque là remarquable. Le père répétait : « c’est un travail de devenir vieux ». Il avait le projet d’écrire avec sa fille un livre sur la vieillesse. De ce projet il reste six enregistrements réalisés peu avant la mort du père. La fille les compare à un requiem et elle ne trouvera la force de les écouter que sept ans plus tard. Ces enregistrements font résurgir les souvenirs des étés de son enfance passés auprès de son père à Hammars dans une île de la mer baltique. Les entretiens abordent le thème de la vieillesse et décrivent le lâcher prise, la perte des mots et des souvenirs. La musique prend une grand part dans le texte : ils écoutent des disques ensemble et pour le père la musique symbolise le divin.

L’auteur revient ensuite sur son enfance passée auprès de sa mère soit en Norvège soit aux Etats Unis .Il s’agit d’une enfance assez solitaire. La fille est traumatisée par les absences de sa mère qui mène une carrière internationale et enfant, elle vit dans la crainte de l’abandon et de la mort de celle-ci. Elle est lucide sur « la maladresse catastrophique » de sa mère alors que le père était un homme de règles et de précision .Elle déplore que ses parents aient été trop souvent absents.
L’auteur aborde enfin le dernier été du père. La fille est restée à son chevet à Hammars. Le récit devient poignant : le père « mettait du temps à mourir », la confusion s’installe et tous les gestes les plus simples deviennent très difficiles du fait d’une grande faiblesse physique. La fille assure alors une présence attentive auprès de son père et peu avant sa mort elle improvise même pour lui un dernier concert.

Linn Ullmann est la fille du metteur en scène suédois Ingmar Bergman et de l’actrice norvégienne Liv Ullmann. L’auteur réalise un roman très autobiographique mais elle explique que « pour écrire sur des personnes réelles il faut les rendre fictives pour leur insuffler la vie ».

C’est un livre sur la relation père- fille, très émouvante et emprunte de délicatesse de tendresse et de complicité. Ils aimaient converser ensemble. C’est aussi un livre sur la mémoire et l’oubli. La fille a eu un deuil difficile, l’absence était devenue oubli et seule l’écriture lui a permis de retrouver ses souvenirs. Ceux-ci s’égrainent dans le texte qui semble suivre les méandres de la mémoire de l’auteur. L’ambiance du livre est intimiste, le lecteur à l’impression d’être convié aux entretiens père-fille. Le style est volontiers poétique en particulier dans la description de la nature toujours proche à Hammars. La personnalité du cinéaste apparaît par petites touches mais si elle reste quelque peu énigmatique. Ingmar Bergman apparait telle une immense silhouette dans la pénombre. Sa fin de vie est décrite avec réalisme mais toujours avec douceur et tendresse.

Lire ce roman c’est accepter une invitation dans la famille de Linn Ullmann et s’y imprégner d’une douce mélancolie.

Linn Ullann, Le registre de l’inquiétude, Actes Sud, 428 pages, 23 Euros, sortie en Octobre 2018
visuel : couverture du livre

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Jean-Marie Chamouard

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