Essais
Tom Bishop et Sylvère Lotringer par Donatien Grau aux éditions Diaphanes

Tom Bishop et Sylvère Lotringer par Donatien Grau aux éditions Diaphanes

04 août 2021 | PAR Yaël Hirsch

Un petit livre rouge et un petit livre bleu. Le philosophe et proche d’Alaïa et Guyotat, Donatien Grau, propose aux éditions Diaphanes deux de ces interviews dont il a le secret. Avec Sylvère Lotringer et Tom Bishop, ce sont deux figures de passeurs d’idées entre la France et les États-Unis que nous découvrons. 

Les grandes amitiés de Donatien Grau sont des découvertes 

Nous avions rencontré Donatien Grau lorsqu’il a fait venir Julian Schnabel au Musée d’Orsay, en tant que chargé de mission auprès de la Présidence des musées d’Orsay et de l’Orangerie (lire notre interview), puis nous l’avons suivi comme jeune ami et témoin des regrettés Pierre Guyotat (dont il était également l’éditeur) et Azzedine Alaïa. Voici qu’il nous ouvre encore d’autres horizons avec deux amis ayant élu domicile à New York, à travers deux élégants recueils d’interviews édités chez Diaphanes. 

Tom Bishop, le pape de la littérature transatlantique 

En bleu, c’est Tom Bishop que l’on retrouve ou découvre. À 92 ans, né à Vienne, l’homme a régné pendant 50 ans depuis NYU sur les échanges littéraires entre New York et Paris. C’est lui qui a invité Donatien Grau à donner une conférence quand il avait 24 ans, il y a dix ans, et de leur dialogue on apprend beaucoup sur trois générations de dramaturges, de Beckett à Yasmina Reza, sur l’arrivée du Nouveau Roman dans le Nouveau Monde, et l’on réfléchit à une certaine idée de la littérature qu’on pensait avoir oubliée depuis la mort de Georges Steiner. 

Sylvère Lotringer et la revue Semiotext(e)

Presque dix ans de moins, français et enseignant à Columbia, il a fondé la revue et la maison d’édition Semiotext(e). Donatien Grau interview avec intimité celui qui a importé la « French theory » aux États-Unis, ce qui permet d’en apprendre beaucoup sur Gilles Deleuze, Jean Baudrillard, Félix Guattari ou Michel Foucault et leur passage dans le canon universitaire académique américain. Mais aussi à rebours, sur la manière dont John Cage, une certaine pop culture ou les Américains de passage à Reid Hall à Paris, ont participé à la création d’un corpus. Et un dernier chapitre nous ramène à Guyotat…

Des trajectoires de passeurs

En filigrane de ces deux livres et des échanges entre deux générations, ce sont deux portraits de passeurs qu’on lit. Deux passeurs juifs nés en Europe, marqués chacun à leur manière par l’histoire, la lutte contre le nazisme et le sens de la survie et qui ont forgé comme réponse à une situation initiale menaçante une certaine idée de la littérature et de la création. Inspirant.

Tom Bishop, Donatien Grau, La littérature est un voyage de découverte / Sylvère Lotringer, Donatien Grau, J’étais plus américain que les Américains, Diaphanes

96 p. et 15 euros chaque volume.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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