Essais

« Terre Natale » : dans l’intimité de Jean Clair

« Terre Natale » : dans l’intimité de Jean Clair

19 juillet 2019 | PAR Yaël Hirsch

Malgré son titre d’immortel, l’Historien d’art s’adonne à des exercices spirituels et littéraires qui sont une première étape du congé de la vie. Intime, référencé, Terre natale est un adieu au monde qui vient. 

Son corps, il ne l’habite plus et a encore l’impression d’être ce « rejeton  » en culottes courtes. Ses rêves, il ne s’en sent pas propriétaire. L’historien d’art Jean Clair a finalement rejoint avec la vieillesse l’épais sentiment de déclin et d’adieu que l’Europe de son enfance portait comme un fardeau. Dans Terre Natale, il nous plonge dans une certaine intimité : l’histoire de la famille, la mère modeste paysanne, le père blessé à la Guerre de 14 et mort jeune …. Et il le fait par un journal de pensée truffé de poèmes personnels, autour de réminiscences souvent très référencées où Duchamp côtoie à la fois Rimbaud et Michel Tournier, où Rome, Jérusalem, Paris, la Touraine mais aussi Pantin (Baudelaire a aimé Pantin) se visitent comme des chapitres de sa vie. 

Assez obsessionnel dans ses références et ses angoisses, il répète plusieurs fois l’anecdote d’absence de miroir à Auschwitz : ne pas se voir, ne pas s’appréhender est un enfer bien quotidien où l’ancien directeur du Musée Picasso rejoint le philosophe italien Giorgio Agamben dans l’idée que la civilisation ne pourrait être qu’un vernis qui s’écaille pour laisser voir l’horreur.  Soucieux de définir la culture, avide de jouer, se jouer, déjouer les affres de l’autoportrait qu’il soit selfie ou autobiographie, il préfère un exercice de vanité au geste du créateur. Comme à son habitude il se montre à la fois très pieux à l’égard de certaines références clés d’une civilisation essoufflée et très critique (c’est finalement aussi un peu son métier), voire complètement hérissé par notre temps sans révérence et de peu de culture. Au final, l’idée que ceux qui vont reconstruire Notre-Dame de Paris, n’auront lu « ni Brasillach, ni Speer ».  On sort un peu bleu de ce livre riche mais au goût de cendres. 

Jean Clair, Terre natale, Gallimard, collection blanche, 415 p., Sortie le 27 juin 2019, 22 euros. 

Visuel : Couverture du livre.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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