Essais
« Souvenirs viennois » de Alfred Eibel : Vienne année zéro

« Souvenirs viennois » de Alfred Eibel : Vienne année zéro

26 juin 2022 | PAR Julien Coquet

Egrenant ses souvenirs, le critique littéraire et éditeur Alfred Eibel se souvient de ses années de jeunesse passées en Autriche au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Né à Vienne en 1932, Alfred Eibel se remémore les années vécues dans la capitale autrichienne, après la Seconde Guerre mondiale. La majorité des Autrichiens vit la conscience tranquille, et pense que ce sont avant tout les Allemands responsables. Découpée en quatre zones occupées par les vainqueurs (souvenez-vous de Le Troisième homme de Carol Reed), Vienne continue de rêver de sa grandeur passée. Les arts, véritables distractions au sens pascalien, se présentent comme le parfait remède : au cinéma, au théâtre, à l’opéra, on s’enivre de plaisirs simples où les seules disputes qui peuvent éclater ont pour sujet la meilleure cantatrice pour chanter tel rôle. Comme Alfred Eibel le souligne plusieurs fois : l’Autriche, à cette époque-là, se présente comme l’opérette de Franz Lehár : Le Pays du sourire.

L’auteur montre bien qu’en creusant un peu sous ce vernis, le pire se cache. Tel acteur ne cachait pas ses sympathies nazies pendant la guerre, tel Allemand s’est réfugié en Autriche pour ne pas être inquiété par ses actes passés… Il faudra par contre être un fin connaisseur des artistes de l’après-Seconde Guerre mondiale pour ne pas se perdre dans les noms égrenés par Alfred Eibel : chanteurs, violonistes, acteurs du Burgtheater se succèdent sans que l’on comprenne forcément qui est qui. On pourra également reprocher à Souvenirs viennois une certaine redondance, certaines impressions étant exprimées plusieurs fois, à quelques pages d’intervalle.

« Pas une seule fois, durant mes séjours à Vienne, n’a été évoquée l’existence des camps de concentration. Mes amis d’alors n’en parlaient pas. Veuves éplorées ou pas, les femmes s’efforçaient de mener une vie réglée. Les tribulations de leur existence, se fussent-elles réfugiées chez de braves paysans de la Haute-Autriche durant l’Anschluss, paraissaient effacées à la fin de la guerre, comme si de rien n’était. Le mot d’ordre devait être : N’évoquez jamais cette partie de votre vie. »

Souvenirs viennois, Alfred Eibel, Editions Arthaud, 240 pages, 19,90 €

Visuel : Couverture du livre 

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Julien Coquet

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