Essais
Sociologie : Gérald Bronner, La démocratie des crédules aux Presses universitaires de France

Sociologie : Gérald Bronner, La démocratie des crédules aux Presses universitaires de France

03 juillet 2013 | PAR La Rédaction

Couv La démocratie des crédulesA l’opposé des théories du complot et de l’habituelle diatribe contre les médias en général, et à l’aide d’exemples concrets s’appuyant sur une recherche approfondie, Gérald Bronner (professeur de sociologie à l’université Paris-Diderot, membre de l’Institut Universitaire de France) explore les mécanismes de propagation du « faux » et des croyances à l’ère du tout numérique, tentant de démontrer en quoi leur vitalité est inquiétante et notre crédulité, latente.
2013 : hégémonie du web et des réseaux sociaux, ces inventions censées révolutionner nos vies et démocratiser l’accès à l’information.
Gérald Bronner débute sa réflexion en pointant du doigt la dangerosité potentielle du dit-web (ce n’est pas le premier, certes), en particulier pour un public en proie au doute, avide de repères et de contestation.

Car l’on trouve tout et son contraire sur la toile, et surtout, selon Bronner, le terreau de la pensée conspirationniste, prompte à se propager infiniment plus vite qu’elle ne l’a fait au cours des derniers siècles, parfois avec les conséquences terribles que l’on connaît.

L’esprit crédule s’empare alors d’une information, d’un raisonnement souvent erroné, faute de preuves tangibles ou d’une interprétation correcte de données chiffrées.
Une tendance qui ne fait qu’alimenter la suspicion à l’égard de la science (OGM, radioactivité…) et du pouvoir politique, revers de la médaille des sociétés démocratiques, alors même que la transparence de l’information et la contribution aux débats publics sont favorisées.

Les médias eux-mêmes participent indirectement à ce phénomène, car ils sont confrontés à un problème de taille : comment bien informer dans un environnement médiatique de plus en plus concurrentiel où les réseaux sociaux et l’instantanéité sont rois, et facilitent la propagation du « faux » ?

C’est parfois prendre le risque de la peopolisation, de la surenchère médiatique, et dans le pire des cas, de verser dans la désinformation la plus honteuse (Bronner démonte notamment de manière éloquente l’affaire de « la vague de suicides » chez France Télécom et le traitement que la presse a pu en faire à l’époque).
Le monde scientifique, quant à lui, peine à se défendre face aux attaques répétées dont il est la cible. Bronner y voit un manque de réactivité des rationalistes au profit d’un irrationalisme toujours plus vivace et conforté par la certitude que le droit au doute autorise tout. Une forme de dérive des sociétés modernes où les progrès de la science inquiètent plus qu’ils ne rassurent.

Plus que tout, l’auteur en appelle à notre esprit critique et surtout à notre « conscience », altérée par divers processus cognitifs (qu’il décrit) nous détournant de la vérité, manifestation de l’inconscient collectif. Une manière de reprendre le contrôle sur nous-mêmes afin de mieux réfléchir et faire l’effort de « comprendre ».

Amélie ELEOUET
Gérald Bronner, « La démocratie des crédules », Puf, 2013, 360 pages, 19 Euros

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One thought on “Sociologie : Gérald Bronner, La démocratie des crédules aux Presses universitaires de France”

Commentaire(s)

  • Fabio

    Est-ce que les études scientifiques qui démontrent la nocivité des OGM doivent être mises à la poubelle car elle alimenteraient « la suspicion à l’égard de la science » ?

    juillet 3, 2013 at 15 h 55 min

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