Essais

« Ouvrir l’espace du christianisme » : Myriam Tonus rend hommage à l’œuvre pionnière de Maurice Bellet

« Ouvrir l’espace du christianisme » : Myriam Tonus rend hommage à l’œuvre pionnière de Maurice Bellet

17 janvier 2019 | PAR Jean-Marie Chamouard

Maurice Bellet était théologien, philosophe et formé à l’écoute psychanalytique. Après son décès (le 15 Avril 2018) sa proche collaboratrice Myram Tonus nous initie à sa pensée riche, complexe et multidisciplinaire.

Maurice Bellet était d’abord un homme qui écoutait. Cette écoute a façonné son approche de l’humain. Dans sa quête de l’humain, il souligne la nécessité d’un ordre premier structurant l’individu et la société. Il a eu comme directeur de Thèse, le philosophe René Girard. Après lui il s’est penché sur la violence destructrice et sur la part d’ombre présente en chaque homme qu’il appelle « l’en bas ». Il décrit aussi « l’inconscience » : il s’agit de comportements paradoxaux et destructeurs non assumés et liés à des pulsions souvent d’origine inconsciente. L’humanité sera donnée à l’homme par la parole, le dialogue et « l’Agapé » c’est-à-dire l’amour inconditionnel et la charité.
Pour Maurice Bellet Dieu est « l’indicible » mais Il est d’abord l’advenue d’une parole qui dit l’amour et qui permet à l’homme de vivre. L’évangile est un des récits initiatiques mythologiques majeurs qui ont nourri l’humanité. La violence est aussi présente dans l’évangile : la passion, la mort et la résurrection du Christ deviennent une traversée de la violence absolue qui est vaincue par l’amour. Mais Maurice Bellet parle aussi du « Dieu pervers » quand par « un détournement du chemin » la perfection et la grâce divines ont pour corollaires la pénitence la culpabilité et la souffrance humaine. Dans le chapitre consacré « au cœur de ce monde » Maurice Bellet craint le vide et le chaos dans la société contemporaine marquée par la disparition du rôle central de la religion. Il souhaite le retour d’une parole inaugurale afin de retrouver un chemin de vie. Ouvrir l’espace du christianisme doit être un travail créatif pour réitérer l’acte de parole qui donne vie et permet des relations humaines authentiques.

Cet ouvrage est un hommage et une introduction à l’œuvre de Maurice Bellet . Le livre est plus riche qu’une simple initiation car Myriam Tonus y développe une pensée, claire cohérente et riche d’enseignements. Le texte de Myriam Tonus est entrecoupé de nombreux extraits de l’œuvre de Maurice Bellet : on peut alors apprécier le caractère mélodieux et poétique de son écriture dont il souhaitait qu’elle devienne, au-delà des mots, une parole nourricière. Maurice Bellet était à la fois un théologien classique, respectueux de la tradition chrétienne et atypique : l’originalité du livre réside dans le rapprochement entre l’évangile et la psychanalyse. Il en découle un perpétuel souci de conjurer la violence destructrice qui menace l’humain. Maurice Bellet allie également un respect de la tradition et de la théologie classique et une aspiration vers l’utopie. IL défend l’idée « d’une marche » et d’un cheminement qui permettent de retrouver une espérance en l’homme.
Ce livre offre au lecteur une immersion dans une pensée chrétienne riche et contemporaine.

Myriam Tonus, Ouvrir l’espace du Christianisme, Albin Michel, 248 pages, 15 Euros, sortie le 3 Janvier 2019.

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