Essais
Nicolas Hulot et Frédéric Lenoir D’un monde à l’autre : Le temps des consciences

Nicolas Hulot et Frédéric Lenoir D’un monde à l’autre : Le temps des consciences

29 septembre 2020 | PAR Jean-Marie Chamouard

L’épidémie de la Covid19 a mis en lumière la fragilité de nos sociétés contemporaines. Alors que l’humanité vit actuellement une période décisive pour son avenir, Nicolas Hulot et Frédéric Lenoir dialoguent sur l’indispensable transition écologique, sur les changements individuels et sociétaux qu’elle implique.

Leur amour de la nature : l’engagement écologique de Nicolas Hulot et de Frédéric Lenoir a peut être débuté ainsi. Ils commencent leur débat par la notion de « Progrès ». Cette idée a perdu de sa force mais il faut garder notre lucidité face à la technologie qui « doit passer par le filtre de la conscience ». Pour aborder le désir humain qui est « à l’origine de tout » ils s’appuient sur les textes philosophiques. Au 21ème siècle il faut choisir, modérer nos désirs, se méfier du désir mimétique. L’économie ensuite : de leur critique du néo libéralisme se dégagent quelques propositions fortes : l’économie sociale et solidaire doit être le modèle du futur, la croissance ou la décroissance doivent être sélectives selon les secteurs, l’agro écologie et les énergies renouvelables doivent devenir la norme. Les limites du politique sont nombreuses : les injections contradictoires permanentes, les contraintes extérieures, la confrontation du court et du long terme. Le politique doit se dégager du conformisme et des connivences, en particulier avec les lobbys, il doit prendre le temps de la réflexion afin d’arriver à une cohérence du pouvoir.
Les auteurs abordent ensuite les trajectoires individuelles. « Le temps des consciences » pourrait être celui de l’éducation. Il faut apprendre à préserver les biens communs, se dégager de la « servitude numérique volontaire », développer une vie intérieure. Pour « retrouver l’âme du monde » il faut se libérer de la démesure, privilégier la sobriété et reconnaître notre vulnérabilité. Les auteurs reviennent à la fin du livre sur la beauté de la nature : la communion avec la nature a été pour eux le point de départ de leur spiritualité.

Le livre est bien documenté, l’étude parait approfondie et n’élude pas la complexité des problèmes. Julie Klotz a recueilli ce dialogue et le texte final est clair, agréable à lire, didactique. Frédéric Lenoir fait appel à des notions de philosophie, à l’histoire des idées et des religions. Nicolas Hulot développe plus l’analyse économique. Son témoignage sur son douloureux passage au cœur du pouvoir politique est saisissant, émouvant. Il est aussi désabusé, Nicolas Hulot comparant le pouvoir à un « jeu d’illusions ».Les auteurs abordent de très nombreux sujets et évoquent aussi leurs convictions intimes ajoutant une dimension affective à leur engagement. Le texte est donc à la fois très personnel et très général offrant un point de vue global sur le monde contemporain. Il garde un équilibre entre dénonciation et espoir, propose des solutions à la fois économiques , sociales et individuelles.
« Notre époque se caractérise par la profusion des moyens et la confusion des intentions ». Par cette citation d’Albert Einstein, les auteurs nous invitent à l’action éclairée par la lucidité. Une transition écologique réussie doit être massive, irréversible mais progressive dans sa mise en œuvre. Le chemin est difficile et nécessitera une révolution des consciences. Afin de retrouver un sens à nos existences et d’écrire le récit d’un autre monde.

Nicolas Hulot et Frédéric Lenoir, D’un monde à l’autre. Le temps des consciences, Fayard, 348 pages, 21,50 euros, sortie le 2 septembre 2020.

Visuel :©Fayard

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