Essais

Le Népal comme si vous y étiez, avec Rémi Bordes

Le Népal comme si vous y étiez, avec Rémi Bordes

28 mars 2018 | PAR Jean-Marie Chamouard

Le nouvel essai de Rémi Bordes est un plaidoyer pour le voyage qui permet d’acquérir un nouveau regard sur le monde. L’ethnologue est un écrivain voyageur et il livre un récit à la fois initiatique et documenté. Le chemin des humbles est autant une déclaration d’amour au Népal qu’une clé pour comprendre le sous continent indien.

[rating=4]

Rémi Bordes étudiant en ethnologie se jette sur la route en 1998, et depuis la France se rend en bus jusqu’au Népal pour un séjour de quelques mois. Il est fasciné par la découverte de ce pays, sa nature magnifique et sa vie rurale. Le livre se situe dans l’extrême Ouest du Népal à faible altitude dans une région hindouiste habitée par l’ethnie Khas. Peu à peu il s’enracine dans le village de Jaiseli, vivant chez l’habitant et participant aux travaux agricoles. Puis son regard devient celui d’un ethnologue. Il observe et décrit la vie quotidienne dans toutes ses dimensions : l’habitat, la vie agricole, la préparation rituelle des repas ainsi que la vie familiale et amoureuse. La vie est rude dominée par le travail physique et par une économie de subsistance dans laquelle la pénurie n’est jamais loin. La vie collective reste très importante et ainsi que la religion hindouiste. Celle ci s’exprime par les nombreuses fêtes qui rompent la monotonie des jours, par l’immanence des dieux et l’omniprésence du sacré.

Le deuxième séjour se situe en 2001 avec pour objectif la réalisation d’une thèse d’ethnologie dont le titre sera « Initiation ». Le retour au village n’est pas exempt d’une certaine déception .Les difficultés d’adaptation pour un occidental, voyageur, humanitaire ou chercheur restent notables du fait des fractures culturelles et surtout économiques ces dernières pouvant compromettre la qualité des rapports humains. Le travail de l’ethnologue seul sur le terrain est ardu à tous les niveaux : le recueil des données, l’incompréhension du travail de chercheur par les autochtones et le sens d’une recherche souvent théorique et décalée par rapport à la vie locale. L’ethnologie est aussi « Le chemin des humbles ». L’auteur finalement choisit d’étudier et d’enregistrer les épopées, chants et récits traditionnels qui sont interprétés par des musiciens Intouchables.

Il aborde alors les problèmes sociaux et politiques : la grande pauvreté en particulier celle des basses castes, les inégalités sociales majeures, l’immigration massive qui vide les villages et les contacts parfois brutaux avec la modernité occidentale sources d’acculturation pour une partie de la jeunesse. Après l’échec des réformes démocratiques et agricoles du début des années 1990, la fin de son séjour est marquée par l’insurrection Maoïste, la mort du roi en 2001 et la guerre civile.

Les observations de l’ethnologue sont faciles à lire car irriguées par le récit du voyage et par les sensations de l’auteur. Les interprétations des faits observés sont éclairantes pour le lecteur. Le texte témoigne d’une bonne connaissance de la culture et de la religion hindouistes. A partir de l’étude d’un simple district rural l’auteur élargit progressivement son propos à l’ensemble du Népal et dans une certaine mesure au sous continent indien. L’ethnologue et le voyageur occidental deviennent aussi un sujet d’étude du fait du regard croisé avec les Népalais et du travail d’introspection de l’auteur.

Ce récit est un précieux document qui pourrait être conseillé à un futur voyageur dans le sous continent indien. Le Népal est « le pays des vieillards rayonnants ». Par delà toutes les difficultés, y compris le séisme de 2015, l’auteur témoigne de son amour pour le pays et reste confiant dans les ressources profondes de la société népalaise.

Rémi Bordes, Le chemin des humbles, Chroniques d’un éthologue au Népal, Plon , Collection « Terre Humaine », 480p., 21,90 €,sortie le 26/10/2017.
visuel : couverture du livre

Energisant Sunny d’Emanuel Gat et d’Awir Leon à la Philharmonie.
Le Groeland de Pauline Sales, mise en scène Baptiste Guiton au TNP de Villeurbanne
Jean-Marie Chamouard

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *