Essais
Murmures de l’art à la psychanalyse : traversée d’un musée du Réel par Laurie Laufer

Murmures de l’art à la psychanalyse : traversée d’un musée du Réel par Laurie Laufer

04 juin 2021 | PAR Emmanuel Niddam

Dans un ouvrage culturel, joyeux et érudit, Laurie Laufer, psychanalyste et professeure d’université, nous entraîne à la poursuite du réel à travers l’étude de plusieurs œuvres d’art.

N’ayez crainte, Laurie Laufer propose non pas la psychanalyse d’œuvre d’art, ou d’artiste, mais bien un passage par les œuvres pour atteindre des espaces de pensée restés dissimulés. La poésie, le roman, la sculpture, la photographie, la peinture et la philosophie sont présentes ici, non pas comme les victimes d’un dépiautage psychanalytico-charcutant, mais comme des voies tracées vers quelque chose d’humain qui reste discrètement tu. Que ce réel soit dit par les œuvres abordées dans cet essai restait jusqu’ici oublié derrière ce que l’on entend dans ce qui s’en voit.

« Les œuvres lues ou vues font entendre l’équivoque, le fragmentaire, le saisissant et l’inarticulé, ce qui relève de l’exercice analytique. »

Laurie Laufer, Murmures de l’art la psychanalyse – Impressions analytiques, Hermann, Paris, 2021, p. 9

La Professeure en Psychanalyse développe son écrit autour de trois thèmes de recherche : La Mélancolie, l’Image, et l’Emancipation. On y croise des personnalités connues telles que Perec, Mallarmé, Van Gogh, De Beauvoir – Et aussi des artistes plus inattendus / inentendendus : Edouard Levé ou Pierre Louÿs. Sans aucun systématisme, la psychanalyste offre un parcours, une traversée des œuvres. Certains d’entre eux embarquent avec nous pour l’ensemble du voyage, comme Romain Gary, Pierre Fedida et Walter Benjamin.

Bien entendu, la partie intitulée Emancipation donne l’occasion à Laurie Laufer de partager sa pensée sur des terrains où on la rencontre plus souvent. A ce titre, les pages où l’on chemine avec Jane Sautière – l’autrice de Nullipare – comme celles où l’on revient aux Mandarins de Simone De Beauvoir, permettent de tisser encore plus finement les liens entre les pensées du genre, de la déconstruction et psychanalyse.

En ce qui concerne le psychanalyste, elle en défend – ou plutôt elle en attaque – l’image. Le psychanalyste serait, en écho à Gary…

« Le saltimbanque est un enchanteur en ce qu’il possède un mot de passe, un schibboleth capable d’accéder à quelque secret de fabrication de l’humanité, mais parce qu’il sait d’où il vient, lui-même : de l’enfer. »

Laurie Laufer, Murmures de l’art la psychanalyse – Impressions analytiques, Hermann, Paris, 2021, p. 108

… ou bien, en réponse à De Beauvoir :

« La position du psychanalyste est d’être à la marge, à la marge des discours courants, officiels, normatifs et de tenter de soutenir le désir d’un sujet parlant, c’est-à-dire un sujet qui échappe sans cesse à sa propre parole. »

Laurie Laufer, Murmures de l’art la psychanalyse – Impressions analytiques, Hermann, Paris, 2021, p. 311

Laurie Laufer fait alors émerger non pas le musée imaginaire d’André Malraux, mais un musée non-image-inaire. Un espace où l’œuvre d’art n’est pas réduite à son image, mais où elle retrouve sa puissance propre. L’œuvre  d’art ouvre par ces pages la voie vers le non-concevable, vers ce qui ne peut pas se dire : le réel.

Visuel : ©Hermann

Laurie Laufer, Murmures de l’art la psychanalyse – Impressions analytiques, Hermann, Paris, 2021

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Emmanuel Niddam

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