Essais

« Mémoire d’un artiste » : les écrits autobiographiques du compositeur Charles Gounod réunis

« Mémoire d’un artiste » : les écrits autobiographiques du compositeur Charles Gounod réunis

14 janvier 2018 | PAR Yaël Hirsch

Alors qu’on célèbre en 2018 les deux cents ans de Charles Gounod dont on découvrira La Nonne Sanglante à l’Opéra Comique en juin, l’auteur, compositeur, musicologue et biographe du créateur de Faust et Roméo et Juliette a réuni des écrits autobiographiques du grand hommes. Les Mémoires d’un artiste paraissent chez Actes Sud et permettent de découvrir ou de mieux connaître un compositeur très français.
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Fils de peintre, perdant son père jeune et très attaché à sa mère, Charles Gounod se dédie à la Musique mais fait des calques pour Ingres alors qu’il est lauréat de l’Académie de Rome. Très marqué par le Don Giovanni de Mozart et la musique de Beethoven, cet exact contemporain de Wagner a des pages justes sur le compositeur allemand qu’il appelle « Musicien décorateur », plus intéressé de légende que de composition. Et une amitié un peu jalouse avec Berlioz, de dix ns son aîné et que la Troisième République préférera porter aux nues du souvenir comme figure patriotique contre un Gounod très apolitique, à peine marqué par 1830, 1848 (qui lui fait quitter le projet de prononcer ses voeux) et même 1970 (qui le pousse à l’exil et à l’adultère en Angleterre). Gounod dont on a surtout retenu certains opéras (sa Sapho, son Polyeucte, ses deux symphonies et ses quatuors sont un peut passés par les pertes et fracas de l’histoire) avait une passion pour le théâtre. « Pour un compositeur, dit-il, il n’y a guère qu’une route à suivre pour se faire un nom : c’est le théâtre […] La musique religieuse et la symphonie sont assurément d’un ordre supérieur, absolument parlant, à la musique dramatique ; mais les occasions et les moyens de s’y faire connaître sont exceptionnels et ne s’adressent qu’à un public intermittent, au lieu d’un public régulier comme celui du théâtre » (p. 132).

Ecrites de manière un peu passéiste même pour leur temps (plus proche de Rousseau ou Constant que de Baudelaire), ses fragments de mémoires ou lettres permettent de le suivre de création en angoisse de succès, dans les coulisses du fameux Faust ou dans l’écriture d’oeuvres sacrées, qui l’ont suivi toute sa vie, avec une certaine ferveur jusqu’au Requiem. Ce n’est pas un hasard si l’hymne du Vatican est aujourd’hui la marche pontificale qu’il avait écrite pour Pie IX. Comme l’écrivait Claude Debussy dans son Monsieur Croche : « Beaucoup de gens sans parti pris, c’est-à-dire qui ne sont pas musiciens, se demandent pourquoi l’Opéra s’obstine à jouer Faust. Il y a à cela plusieurs raisons dont la meilleure est que l’art de Gounod représente un moment de la sensibilité française. Qu’on le veuille ou non, ces choses-là ne s’oublient pas ». Gounod n’a pas fait école, ni parti et certains musiciens ne le trouvent pas assez créatif. Son Ave Maria, transcrit du premier prélude de Bach du premier livre du Clavier bien tempéré est pourtant l’un des tubes les plus absolus de la musique classique / et pop qu’on a retrouvé cet année aussi bien dans The Square, la palme d’or 2017 qu’aux funérailles de Johnny Hallyday, qui avait d’ailleurs chanté cet hymne en italien, à sa manière…

Charles Gounod, Mémoires d’un artiste, présentées par Gérard Condé, 368 p., Actes Sud/ Palazzetto Bruzane, Sortie janvier 2018
visuel : couverture du livre

« Saigon », larmes à double tranchant
Saigon de Caroline Guiela Nguyen à Odeon-Berthier.
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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