Essais
Quand Max Weinreich interrogeait le rôle des universitaires sous Hitler (réédition)

Quand Max Weinreich interrogeait le rôle des universitaires sous Hitler (réédition)

19 octobre 2013 | PAR Jean-Paul Fourmont

Max Weinreich (1894-1969), qui fut l’une des figures dominantes de la linguistique ainsi que le fondateur du YIVO (consacré à l’étude de la vie juive en Europe de l’est), s’était notamment intéressé à Hitler et à ses relations avec les universitaires. Son ouvrage vient de faire l’objet d’une réédition aux Belles Lettres.

[rating=4]

Max Weinreich, Hitler et les professeursLE RÔLE DE LA SCIENCE ALLEMANDE DANS LE NAZISME
Extrêmement fournie, cette étude ne concerne que les élites universitaires allemandes et plus spécialement les universitaires. Nombre d’entre eux n’acceptèrent jamais la défaite de 1918. Pour les universitaires allemands et notamment pour Manfred Laubert, il n’était pas concevable d’accepter le « Diktat » du Traité de Versailles qui faisait de l’Allemagne l’unique responsable du déclenchement de la Première Guerre mondiale.

ALFRED ROSENBERG, L’APÔTRE DU RACISME
Pour les Nazis, un « Volk », i.e. un peuple, est constitué de races. Le « Volk » allemand est principalement nordique, mais il porte aussi des traces d’éléments faliques et combine d’autres races aussi. Ce fut Alfred Rosenberg qui pour la première fois en 1923 proclama Hitler « Führer » de l’Allemagne.

LE CONSEIL DU MARÉCHAL DE LATTRE DE TASSIGNY AU FILS DU MARÉCHAL ROMMEL
Après-guerre, l’auteur explique que le maréchal de Lattre de Tassigny conseilla au fils Rommel « d’étudier à l’université de Tübingen, où tant de grands philosophes ont vécu, et d’évaluer les idées inhumaines qui ont conduit l’Allemagne vers sa condition actuelle ».

LA TRAHISON DES CLERCS
Ainsi que l’indiquait autrefois Max Weinreich, il ne fait aucun doute que les élites allemandes furent responsables du développement du nazisme et des atrocités commises par le peuple allemand. L’usage abusif et impropre de l’érudition et du langage au service d’une fausse science est illustrée avec force tout au long de ce livre remarquable.

Cet ouvrage fut écrit entre 1945 et 1946, c’est une œuvre historique. L’auteur démontre que la pensée peut bel et bien tuer. L’Allemagne n’aurait pas succombé à une folie collective, mais tout était au contraire prévu et prémédité par les élites allemandes. De multiples instituts furent créés pour promouvoir l’idéologie nazie.

Dans l’histoire de l’humanité, il y eut certes bien des Gengis Khan, mais ce fut la première fois qu’un Gengis Khan donna l’accolade à des personnages comme Eugen Fischer, spécialiste des races. Julien Benda aurait parlé de « trahison des clercs »…

Max Weinreich, Hitler et les professeurs. Le rôle des universitaires allemands dans les crimes commis contre le peuple juif, éditions Les belles lettres, juillet 2013, 387 p., 25,50 euros.

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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