Essais

L’europe barbare : Keith Lowe dresse un portrait inédit de l’Europe d’Après-guerre

L’europe barbare : Keith Lowe dresse un portrait inédit de l’Europe d’Après-guerre

24 avril 2013 | PAR Yaël Hirsch

Après s’être penché sur la destruction de la ville de Hambourg dans « Inferno », le jeune écrivain et historien britannique Keith Lowe s’est lancé dans une somme importante sur l’état de l’Europe d’Après-guerre. Liant avec talent le témoignage personnel aux lignes abruptes de la grande Histoire, d’une plume alerte, il offre un vision nouvelle du continent à la fin des années 1940. Un ouvrage faisant partie du top 10 des best-seller du Sunday Times et déjà traduit en 10 langues, disponible chez Perrin.

keith lowe l'europe barbareL’histoire complexe des conséquences de la guerre et de la libération sur l’ensemble du continent européen, de l’Atlantique à l’Oural, n’avait pas vraiment été écrite. Jusqu’ici tout se passait comme si l’on passait de la barbarie nazie à une intense période de reconstruction, aube magnifique des Trente glorieuses. Avec beaucoup de modestie, mais également pas mal d’aplomb, Keith Lowe dresse un portrait sombre et terrible d’un continent où certaines villes sont pour plus de moitié détruites, où les populations sont exsangues et par pans entiers déplacées, où les repères idéologiques et politiques ont explosé et où la survie et la vengeance ont lieu avant que se mettent peu à peu en place des organisations diverses.

Capables d’évoquer aussi bien la Grèce, la Hongrie et la Roumanie que son propre pays où les situations de la Belgique, la Pologne, l’Italie et la France, Keith Lowe dresse un bilan d’autant plus parlant qu’il parvient à lier certains grands constats transversaux avec des témoignages, non pas de grands dirigeants politiques mais d’individus lambdas. Avec une plume alerte, il évooque nombre de questions qui fâchent comme les nettoyages ethniques, la brutalté des soldats alliés et notamment sur le front russe, qui avaient fait du viol un réflexe, et les actes vengeurs aussi bien des résistants ou des juifs survivants des camps. Il évoque également un continent détruit, où tout manque cruellement jusqu’aux années 1950, où règne le marché noir et qui voit des populations entières en errance sur les routes.Au final, il n’hésite pas à évoquer le spectre protéiforme d’une guerre civile, littérale en Grèce, en tension en France et en Italie et symbolique quand ce que Kundera appelait « L’autre Europe » tombe contre son gré sous le joug soviétique. Aussi éprouvant à lire que son titre le suggère, « L’ Europe barbare » est néanmoins un ouvrage qu’on lit d’une traite, tant la matière traitée est atrocement fascinante et prépondérante pour comprendre l’Europe d’aujourd’hui.

Keith Lowe, « L’ Europe Barbare », trad. Johan Frederik Hel Guedj, Perrin, 496 p. 25 euros. Sortie le 28 février 2013.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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