Essais
Les énergies de l’hypnose de Marc Traverson : voyage au centre de l’esprit

Les énergies de l’hypnose de Marc Traverson : voyage au centre de l’esprit

28 avril 2022 | PAR Bernard Massoubre

Marc Traverson est psychanalyste, hypnothérapeute et coach spécialiste de la communication interpersonnelle. Dans Les énergies de l’hypnose, il aborde l’hypnose sous un angle nouveau, plus profond peut-être, avec des exemples imagés et un style non dénué de lyrisme.

En préambule


Le chirurgien écossais James Braid inventa le mot hypnose en 1843. Dans la mythologie grecque, Hypnos est le dieu du sommeil, et il est aussi le frère de Morphée le dieu des rêves. La légende lui prête le pouvoir d’endormir les hommes et les dieux.

Dans Les énergies de l’hypnose, Traverson replace l’hypnose dans son contexte, comme l’église au centre du village. La vox populi a souvent galvaudé cette technique, de telle sorte qu’il en a perdu en partie son sens. Certes, l’hypnose est utilisée contre des addictions, des phobies. Elle permet d’abaisser le seuil de stress des patients admis dans les services d’urgence et l’intensité de la douleur en anesthésie. Nous connaissons tous aussi les hypnotiseurs qui se produisent dans des salles de spectacle.
Or, l’hypnose est tout cela mais pas seulement. Ainsi, elle permet à notre esprit d’échapper aux contraintes qui le cernent, et de créer un espace de liberté salvateur.

L’hypnose dans son contexte


Marc Traverson parle du pays de la logique floue. En effet, l’hypnose échappe aux archétypes car nous ne la décrivons que de l’extérieur et quand nous sommes dans un « état normal ». C’est ainsi qu’il définit la transe. Et, les contours de celle-ci sont incertains : elle sera présente dans une conversation, en état de catalepsie, dans une hypnose dirigée ou lors de somnambulisme. Cette pratique se retrouve aussi dans les rites chamaniques ou vaudous.
Mais, serait-elle un sommeil, une conscience altérée ou une perte de conscience ? En fait, on parle souvent d’état modifié de conscience. Ce flottement, sémantique et dans l’appréhension du phénomène, a desservi l’hypnose, considérée par beaucoup comme un avatar.
Dans son livre, Marc Traverson évoque des techniques voisines, comme l’EMDR ou de la sophrologie. C’est dommage qu’elles n’aient pas été développées, au moins pour indiquer les liens de parenté, avérés ou non, avec l’hypnose.

Quand l’élève est prêt, le maître arrive


L’hypnose est une technique qui ne fonctionne que si nous sommes réceptifs. Or, nous le sommes, chacun à notre manière, et chaque jour. Elle est « un état de travail » qui vient quand nous donnons libres cours à nos pensées, à nos rêveries, à condition d’être dans une bonne « disposition ».
Pour connaître la transe, il faut s’abandonner, le pré-requis étant de brouiller les repères. François Roustang parle de perceptude, c’est-à-dire d’une plongée dans une forme de perception diffuse.
Mais l’hypnotiseur n’est pas neutre, il aide celui qui redoute de perdre le contrôle de lui-même. Il invite la personne hypnotisée à se projeter dans un lieu imagé et tranquille, la safe place.

Et le maitre s’appelle Messmer


Ce médecin d’origine viennoise passionna l’Europe dès la fin du dix-huitième siècle par ses recherches. Il inventa la méthode du baquet. Le patient était placé dans des grandes bassines métalliques et ses parties souffrantes étaient soumises à un flux magnétique. Le magnétisme animal était né.
Il est difficile de juger la pertinence scientifique des travaux de Messmer mais l’hypnose (on ne parle plus de magnétisme) a fasciné de grands noms de la médecine. Jean-Martin Charcot montra les applications en psychothérapie. François Roustang, personnage singulier dans le renouveau de l’hypnose, fut dans la lignée de Milton Erickson, lui-même inventeur d’une méthode qu’il popularisa. Léon Chertok se pencha sur les applications de l’hypnose en psychanalyse, ce qui lui valut les foudres de ses collègues de l’école freudienne.
En réalité,  tous étaient médecins sauf Roustang, ancien jésuite et psychanalyste.

L’hypnose est-elle morale ?


L’auteur dit que l’hypnose n’a rien à faire avec la morale au sens où elle n’est ni bonne ni mauvaise, d’autant plus que l’évocation de cette technique est fantasmée. En réalité, elle n’exerce pas un pouvoir mais elle révèle des facettes de la personnalité de l’hypnotisé.
Pourtant, l’hypnotiseur n’est pas un magicien, fut-il Gérard Majax. Il n’impose sa volonté à personne, et, dans la vie quotidienne, l’emprise exercée sur autrui peut se passer de l’hypnose.
Mais, la vraie question est la suivante : « l’emprise que certains individus établissent sur leur entourage peut-il être rapporté à une forme d’hypnose ? ».
En fait, ce sont les techniques de manipulations des pervers narcissiques. Dans l’histoire, des dictateurs les ont utilisées pour fasciner les foules. Plus récemment, lors de la pandémie à Covid, les fake-news et les théories du complot ont explosé. Dans ces cas, on passe de la « suggestion » à la « sujétion ».

Les énergies de l’hypnose est un livre novateur. Marc Traverson décrit cette technique dans sa globalité, avec une approche parfois psychanalytique.
L’hypnose répond à un besoin précis à un moment opportun. Alors, elle est un déclic, ou une rupture, qui libère l’individu. « Le jour où j’ai résolument enterré ma jeunesse, j’ai rajeuni de vingt ans », écrit George Sand à Flaubert.

 Marc Traverson, Les énergies de l’hypnose, éditions Albin Michel, 192 pages, 17,90€, date de sortie : avril 2022. 

visuel : couverture du livre

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