Essais
« Le Spectateur zéro », avec le monteur Yann Dedet, aux éditions P.O.L. : un bel hommage au montage cinématographique

« Le Spectateur zéro », avec le monteur Yann Dedet, aux éditions P.O.L. : un bel hommage au montage cinématographique

19 juin 2020 | PAR Julia Wahl

Les éditions P.O.L. sortent Le spectateur zéro. Conversation sur le montage, un long entretien entre Julien Suaudeau, critique à la revue Positif, et Yann Dedet, monteur de nombreux réalisateurs comme Truffaut, Pialat, Garrel… L’occasion de nous replonger dans les œuvres des plus beaux réalisateurs français.

Le « spectateur zéro », c’est le rôle que Yann Dedet a joué sur le tournage de Western, de Manuel Poirier : le réalisateur a demandé au monteur de ne pas lire le scénario et de regarder les rushes comme le ferait n’importe quel spectateur, en essayant de deviner ce qui va suivre. Si ce modus operandi est spécifique à ce film, cette notion de « spectateur zéro » vaut pour tout travail de montage : partir de ce qu’un spectateur non averti comprend ou ressent, quitte à trahir quelque peu le dessein initial du réalisateur. Une façon, pour reprendre l’expression chère aux cinéastes de la Nouvelle Vague, de « monter contre » le tournage.

Ce travail « contre » est sans doute ce qui fait la difficulté, mais aussi l’art – au sens premier du terme – du travail du monteur. C’est donc cette aptitude à se défaire ou non de ce qu’ils ont tourné que Yann Dedet évoque au premier chef chez les réalisateurs dont il a croisé la route. La question du rythme aussi, bien sûr, avec cette peur des silences qui hante Truffaut, quand Pialat filme le passage du temps. L’abondance nouvelle liée au numérique, aussi, avec cette jolie formule en forme de regret : « Adieu Lubitsch et la course à la vivacité ».

Car cette longue interview, c’est aussi l’occasion de découvrir chez Yann Dedet un véritable art de la formule et du mot juste. Un véritable sens du rythme, aussi, qui dépasse celui du monteur : ce ne sont plus les seules images, mais les phrases que le monteur scande avec bonheur.

Conçu de façon chronologique, Le Spectateur zéro suit la carrière du monteur, chaque chapitre étant, peu ou prou, dévolu à la relation avec un réalisateur. Les photographies qui les closent sont autant d’évocations de ces rencontres singulières.

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Julia Wahl
Professeure de lettres durant dix ans, chargée de production de diverses compagnies de danse ou de théâtre, chargée d'action culturelle et des relations publiques... Tout ce qui a trait à la promotion de la culture et au développement de ses publics me passionne. Parce que l'on ne peut voir un spectacle sans vouloir transmettre ses émotions, je chronique régulièrement le cinéma, le théâtre et la politique culturelle pour Toute la Culture.

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