Essais

« Le grand livre des espions » de Patrick Pesnot

« Le grand livre des espions » de Patrick Pesnot

09 juillet 2015 | PAR Jean-Christophe Mary

Ces hommes et ces femmes ont trahi. Rarement par cupidité, parfois par faiblesse, le plus souvent par idéalisme et même par patriotisme. Pour une cause ou par amour, ces hommes et ces femmes sont devenus des espions : ils ont dû assumer d’être des « épieurs », des voleurs de mots, d’images, de confidences ou de secrets. Quitte à risquer leur liberté et parfois leur vie.

[rating=4]

grand livre espionsTour à tour, journaliste, scénariste, producteur de programmes de télévision et de radio et auteur d’une trentaine d’ouvrages documentaires, Patrick Pesnot présente d’horizon une quinzaine d’agents ayant réellement existé mais dont la vie romanesque est tellement incroyable qu’elle semble issus d’un roman de Ian Fleming ou John Le Carré grâce. Dans son « Grand livre des espions », l’auteur ne raconte pas des vies d’espions de façon factuelle. Il se mets à la place des protagonistes et tente « de vivre » leur vie de se glisser au fond de ces personnages. Comme il le dit : « J’essaye de les comprendre et je dois avouer que certainses pions m’ont profondément touché », avoue-t-il. « Je me suis mis à les aimer ». L’ouvrage nous plonge dans un lexique riche de mille mots et techniques secrètes de l’espionnage d’hier et d’aujourd’hui. Si pensiez qu’une « hirondelle » est un oiseau, la « Dame blanche » un dessert glacé, vous allez être étonnamment surpris. Ici on est décalage historique, plongé au cœur d’une époque révolue celle de la guerre froide avec d’un côté l’empire du mal (URSS) et de l’autre l’empire du bien (USA). On vit au rythme de ces affaires sensibles qui ont défrayées la chronique des 50’s jusqu’aux 80’s. La puissance de ces histoires reposent essentiellement sur la vie de ces hommes et de ces femmes leur relations avec leurs patries. Leurs vies sont en tension continuelles du fait de leur métier, ainsi que sur la relation schizophrène qu’ils entretiennent avec leurs proches et leur collègues.

L’immersion dans ces pages est profonde , comme lorsqu’un agent est durablement infiltré. Définitions, codes par ci, expression d’argot par là, on finit par tout lire, de A à Z — sans omettre les illustrations et les pages spéciales sur les dirigeants successifs de la DGSE ou les pseudos de certains agents célèbres…Rien que la notule sur Enigma, la légendaire première machine à crypter, est un passionnant morceau d’histoire.

Dans une seconde partie, l’auteur livre des conseils pratiques en huit leçons, conçues à partir des archives des services secrets français. Premier enseignement : l’espion ressemble à un « homme comme les autres ». Prenez Abel, l’espion nº 1 des Soviétiques : il collectionnait les papillons. Tous ces espions ont finalement accepté de mener une existence périlleuse et toujours angoissante. De Hans Voelkner, le franco-allemand qui reste toujours fidèle aux idéaux communistes de ses parents, héros du combat anti-nazi, à l’Israëlien Elie Cohen, qui continue à renseigner sa patrie malgré la potence qui l’attend au terme de sa mission, en passant par la Portoricaine Ana Montès, qui met toute sa révolte au service de Fidel Castro. Victimes d’eux-mêmes ou de la froide mécanique des services de renseignement, ils sont allés courageusement au bout de leur aventure. À travers ces récits enlevés et passionnants, Patrick Pesnot restitue la vie intime de ceux qui ont choisi de passer de l’autre côté du miroir. Autant de parcours subjectifs de personnages du xxe siècle, qui auraient pu demeurer ordinaires mais qui, tous, ont connu des destins hors du commun. Cela donne des portraits plein d’empathie pour des personnages parfois peu recommandables.

Patrick Pesnot, Le grand livre des espions, Fayard, 384 p., sortie le 6 juin 2015.
visuel : couverture du livre

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Jean-Christophe Mary

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