Essais
L’Afrique est l’avenir du monde : Carlos Lopes repense le développement du continent africain.

L’Afrique est l’avenir du monde : Carlos Lopes repense le développement du continent africain.

05 mai 2021 | PAR Jean-Marie Chamouard

L’économiste Carlos Lopes analyse les atouts et les handicaps de l’Afrique. Il décrit une situation économico-politique complexe et les défis que devra relever l’Afrique pour aboutir à un développement harmonieux. Par sa démographie, sa jeunesse, ses richesses naturelles, le devenir du continent africain sera déterminant pour le monde entier.

Carlos Lopes part de ce constat : le modèle occidental de développement conduit à une impasse écologique. Le continent africain, encore peu engagé sur cette voie, est le mieux placé pour inventer un nouveau modèle. Malgré une croissance annuelle moyenne de 5 % et des progrès dans la démocratisation, l’Afrique reste frappée par les inégalités et la pauvreté. Le pouvoir colonial a généré une méfiance vis-à-vis d’un état encore souvent perçu comme étranger et a favorisé les tensions inter- ethniques. L’Afrique a souffert également des plans d’ajustement structurel et de stabilisation macro économique imposés pendant trente ans par le fond monétaire international et la banque mondiale.
Carlos Lopes retient huit défis pour le développement du continent. Le fonctionnement politique sera déterminant pour l’avenir. La démocratisation reste inégale et limitée : la limitation des pouvoirs exécutifs, le développement de l’état de droit, la protection des minorités, la participation de la société civile seront indispensables. Le défi de l’industrialisation ensuite : celle-ci est nécessaire à une transformation structurelle de l’économie africaine. Elle nécessite des investissements publics et un état stratège. Il faudra valoriser l’exploitation des matières premières et développer une industrie agro alimentaire et manufacturière. L’augmentation de la productivité agricole parait primordiale dans un continent encore frappé par l’insécurité alimentaire et la sous alimentation. Une agriculture plus performante serait un levier majeur de la croissance. L’adaptation au changement climatique est un autre défi majeur : l’Afrique est vulnérable au dérèglement climatique auquel elle n’a pas contribué mais elle doit aussi être une solution en s’engageant dans un développement dé-carboné. Carlos Lopes termine son essai par l’analyse du rôle croissant de la Chine en Afrique.

L’impressionnant « curriculum vitae » de l’auteur donne une grande légitimité à cet essai. Né en 1960 Guinée Bissau Carlos Lopes est un économiste renommé. Il a dirigé pour les Nations Unies la commission économique pour l’Afrique et il est haut représentant de l’Union Africaine dans les négociations climatiques. « L’Afrique est l’avenir du monde » est un ouvrage dense, documenté, « savant », qui nécessite une lecture attentive. C’est une leçon d’économie politique, mais aussi un livre engagé politiquement en particulier dans la critique des politiques néolibérales longtemps imposées à l’Afrique par le consensus de Washington. L’auteur fait appel à l’histoire économique et à la philosophie politique lorsqu’il revisite le « contrat social » de J.J. Rousseau. L’opinion de l’auteur sur le continent reste nuancée, rejetant à la fois un enthousiasme excessif sur « l’essor de l’Afrique » et l’afro-pessimisme basé sur des préjugés.
Carlos Lopes veut « inciter à agir » et propose un chemin « pour rendre l’Afrique meilleure ». Le recul de l’idéologie néo libérale doit permettre un développement durable intégrant les paramètres sociaux et écologiques. Il faudra définir un nouveau contrat social basé sur des principes de liberté de justice et de participation démocratique. Les états devront accepter une diplomatie multilatérale et préserver les intérêts des générations futures malgré la pression démographique. Un pan africanisme rénové doit favoriser une vision commune du continent et faire émerger un universalisme africain. Ainsi l’Afrique sera l’avenir du monde.

Carlos Lopes, L’Afrique est l’avenir du monde, traduit de l’anglais par Cyril Le Roy, Editions du Seuil, 250 pages, 22 Euros, sortie le 04 03 2021.
visuel : couverture du livre

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Jean-Marie Chamouard

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