Essais
« Jean Gabin inconnu » de Jean-Jacques Jelot-Blanc

« Jean Gabin inconnu » de Jean-Jacques Jelot-Blanc

10 mars 2014 | PAR Christophe Dard

Dans cette biographie qui vient de paraître chez Flammarion, Jean-Jacques Jelot-Blanc retrace par année et en détail la carrière de l’un des acteurs français les plus charismatiques.

Jean Gabin inconnu Au Panthéon des acteurs français, Jean Gabin est sans doute l’un des plus célèbres. Pourtant, depuis sa disparition en 1976, l’interprète de quelques joyaux du cinéma français tels La Grande Illusion, Quai des brumes ou Un singe en hiver, Jean Gabin a fait l’objet de peu de biographies et celle de Jean-Jacques Jelot-Blanc, déjà auteur d’ouvrages sur Marcel Pagnol et Louis de Funès, apporte enfin un éclairage bienvenu, complet et richement documenté sur une carrière de plus de 50 ans, des débuts du cinéma parlant au début des années 30 à la première cérémonie des César qu’il préside quelques mois avant son décès.

La nouvelle étoile du cinéma français des années 30

Jean Gabin débute sa carrière au théâtre dés 1922 et se fait remarquer dans les revues de Mistinguett en 1928 en tant qu’imitateur de Maurice Chevalier. Ce n’est qu’en 1930 que l’acteur se lance dans le cinéma alors que le muet a tiré sa révérence au profit du parlant. Il se distingue en poussant la chansonnette puis par ses rôles de mauvais garçons (Pépé le Moko), de marin ou de prolétaire.
Durant cette période, il tourne avec les réalisateurs les plus renommés, Marcel Carné ou Jean Renoir. Avec ce dernier, l’admiration est telle qu’il refuse 8 projets afin de tourner La Belle Equipe en 1936, en pleine période du Front Populaire. A la lecture de la biographie, vous apprendrez d’ailleurs, pour la petite anecdote, que ce film avait eu 2 fins possibles, toutes les deux soumises par référendum au public cinéphile. Une version triste (celle de la version originale) affrontait une version plus gaie. Les téléspectateurs ont préféré la version la plus gaie ce qui n’a pas empêché au film d’être un échec. Heureusement, avec le même Jean Renoir, il tourne l’année suivante La Grande Illusion.
Gabin joue également avec les plus belles femmes de l’époque et surtout Michèle Morgan. Le couple est resté célèbre pour la fameuse réplique « T’as de beaux yeux tu sais », une réplique lancée par l’acteur à sa partenaire dans Quai des brumes, Oscar du meilleur film étranger en 1939. Juste avant le début du second conflit mondial du XXè siècle, Jean Gabin est l’acteur le mieux payé.

De l’errance des années 40 au renouveau des années 50

La Seconde Guerre mondiale marque un coup d’arrêt dans sa carrière. Jean Gabin part aux Etats-Unis et l’acteur adulé des années 30 devient un résistant en mal de projets et petit à petit oublié. Doublé par une nouvelle génération à l’image de Gérard Philipe, l’interprète de La Bandera n’est plus à la mode et joue au théâtre en attendant de nouvelles propositions.
Heureusement, après avoir refusé Le Salaire de la peur en 1953, Jean Gabin retrouve la lumière en 1954 et son rôle dans Touchez pas au grisbi où il partage l’affiche avec un certain Lino Ventura qui deviendra l’un de ses plus fidèles amis. Et dire que Jacques Becker, le réalisateur de ce classique du 7ème art, ne voulait pas de Gabin à l’origine…
Dés lors, Jean Gabin se forge un nouveau personnage et enchaîne les rôles, Razzia sur la chnouf, La Traversée de Paris, Les Misérables, Le Rouge est mis… Bien que La Nouvelle Vague ne l’apprécie guère (en particulier François Truffaut), Gabin joue avec les nouvelles stars du grand écran, Brigitte Bardot (dans En cas de malheur), Alain Delon (Mélodie en sous-sol puis Le Clan des Siciliens en 1969) et Jean-Paul Belmondo. Avec ce dernier, il tourne dans Un singe en hiver en 1963, l’adaptation du livre d’Antoine Blondin et qui permet aux deux acteurs de devenir amis malgré un écart d’âge de 30 ans.
Durant cette période, Jean Gabin a en revanche un peu plus de mal à tourner avec les jeunes metteurs en scène. Il ne veut pas tourner sous la houlette de Georges Lautner dans Les Tontons flingueurs en 1963 mais se rattrape quelques années plus tard avec Le Pacha, un film alors interdit aux moins de 18 ans.
Mais des années 50 à son décès, Jean Gabin n’est pas qu’un ancien truand dur à cuire ou un policier bourru. Il joue la comédie avec Louis de Funès en 1968 dans Le Tatoué mais aussi des rôles plus graves comme en 1970 dans Le Chat avec Simone Signoret.
Au crépuscule de sa carrière, Jean Gabin devient un patriarche comme dans L’Affaire Dominici ou Deux hommes dans la ville en 1973 où il retrouve à nouveau Alain Delon mais aussi hors caméra. C’est à lui que revient logiquement la présidence de la première cérémonie des César en 1976.
A la veille de son décès, Jean Gabin avait encore de nombreux projets. Claude Lelouch lui avait proposé un rôle et Sergio Leone avait bien l’intention de le faire tourner dans Il était une fois en Amérique.

Christophe Dard.

Jean Gabin inconnu, de Jean-Jacques Jelot-Blanc. Editions Flammarion.600 pages. 22 euros.

Visuel : © Couverture du livre

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Christophe Dard
Diplômé d'un Master d'histoire contemporaine et d'une école de radio, Christophe est journaliste, passé notamment par Europe 1. Il travaille depuis 2013 pour Toute la Culture. Compte Instagram : https://www.instagram.com/christophe_dard/?hl=fr

2 thoughts on “« Jean Gabin inconnu » de Jean-Jacques Jelot-Blanc”

Commentaire(s)

  • Jaguaston

    La belle équipe est bien de Julien Duvivier mais ce livre est bourré d’erreur …
    Je veux bien les répertorier ici mais laisser moi un peu de temps, il y en a tant …
    Il suffit de lire le livre « Gabin » d’André Brunelin pour s’en rendre compte
    Dommage …

    juin 29, 2014 at 14 h 07 min
  • ptitbouton

    Approximations et erreurs innombrables! Il y a une « bible  » pour qui veut connaître Gabin, l’homme et l’acteur et toute son époque: LE « Gabin » d’André Brunelin!!

    octobre 6, 2014 at 14 h 10 min

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