Essais
Domenico Losurdo, Contre-histoire du libéralisme

Domenico Losurdo, Contre-histoire du libéralisme

29 juin 2013 | PAR Jean-Paul Fourmont

Professeur de philosophie à l’Université d’Urbino, en Italie, Domenico Losurdo est l’auteur de nombreux livres, régulièrement traduits en anglais, allemand ou espagnol. En français, ont été notamment traduits Hegel et la Catastrophe allemande (Albin Michel, 1994) et Le Révisionnisme en histoire (Albin Michel, 2006). Le philosophe communiste vient d’écrire un ouvrage très corrosif sur les sombres paradoxes du libéralisme. Intitulé Contre-histoire du libéralisme, l’enquête a récemment été publiée aux éditions La Découverte.

Domenico Losurdo, Contre-histoire du libéralismeLES MÉRITES DU LIBÉRALISME
Historiquement, au nom notamment de l’individualisme, le libéralisme lutta contre l’absolutisme et le despotisme, et ceci qu’ils soient le fait d’un seul ou bien de plusieurs. Même si cette doctrine n’est en rien monolithique, il est possible de la définir comme une philosophie politique affirmant la liberté ainsi que la responsabilité individuelle comme principes politiques suprêmes. A cet effet, cette doctrine dérivant pour partie de la philosophie des Lumières préconise la limitation du pouvoir du souverain.

Éminente figure du libéralisme français de la première moitié du XIXe siècle, Benjamin Constant se targua par exemple d’avoir « défendu quarante ans le même principe, liberté en tout, en religion, en philosophie, en littérature, en industrie, en politique : et par liberté, j’entends le triomphe de l’individualité, tant sur l’autorité qui voudrait gouverner par le despotisme, que sur les masses qui réclament le droit d’asservir la minorité à la majorité ».

Les noms associés au libéralisme gardent, aujourd’hui encore, un très grand lustre. Peuplent le Panthéon du libéralisme des auteurs aussi éminents que John Locke, Adam Smith, Montesquieu, Sieyès, Necker, Thomas Paine, Germaine de Staël, Chateaubriand, Alexis de Tocqueville, François Guizot, Frédéric Bastiat, Raymond Aron, Friedrich von Hayek et Karl Popper. La liste pourrait sans effort être démultipliée ; elle est aussi longue que prestigieuse. Pourtant, d’après le philosophe marxiste Domenico Losurdo, certains pans de l’histoire du libéralisme sont occultés et méritent un regain d’intérêt.

JANUS ?
Dans le présent ouvrage, Domenico Losurdo réévalue l’apport finalement fort ambigu du libéralisme. Pour ce faire, il revient sur l’histoire méconnue du libéralisme, et ceci depuis ses origines. A rebours des présentations idylliques qui ont pu être faites du libéralisme, cette « contre-histoire » est bel et bien « une histoire de sang et de larmes, de meurtres et d’exploitation ». Selon l’auteur, le libéralisme a toujours été « une idéologie de classe au service d’un petit groupe d’hommes blancs, intimement liée aux politiques les plus illibérales qui soient : l’esclavage, le colonialisme, le génocide, le racisme et le mépris du peuple ».

Dans cette enquête historique magistrale, laquelle couvre rien de moins que trois siècles, allant du XVIIe au XXe siècle, Domenico Losurdo analyse de manière très critique l’œuvre et la vie des principaux penseurs libéraux. Leurs contradictions furent aussi nombreuses que criantes et infâmantes : certains d’entre eux possédaient des légions d’esclaves, d’autres défendirent l’extermination pure et simple des Indiens d’Amérique, d’aucuns n’hésitaient pas à prôner l’enfermement et l’exploitation des pauvres ainsi que la colonisation à outrance…

Le philosophe communiste évoque, à cet égard, une sorte de « libéralisme des seigneurs » excluant énormément d’individus jugés indignes de jouir de ses bienfaits. Domenico Losurdo y oppose le « radicalisme » des Jacobins, qui tinrent l’égalité pour un impératif catégorique. Selon lui, la démocratisation (inaboutie) du monde est moins l’œuvre du libéralisme que des révolutions et des révoltes qui émaillèrent l’histoire de l’humanité.

Domenico Losurdo, « Contre-histoire du libéralisme », La Découverte, 2013, 300 p., 25 euros

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Jean-Paul Fourmont
Jean-Paul Fourmont est avocat (DEA de droit des affaires). Il se passionne pour la culture, les livres, les gens et l'humanité. Contact : [email protected]

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