Essais
Dictionnaire amoureux de Jean d’Ormesson de Jean-Marie Rouart : un tendre hommage

Dictionnaire amoureux de Jean d’Ormesson de Jean-Marie Rouart : un tendre hommage

26 septembre 2022 | PAR Bernard Massoubre

 

Homme de lettres et membre de l’Académie française, Jean-Marie Rouart retrace dans le Dictionnaire amoureux de Jean d’Ormesson la vie d’un autre homme de lettres, membre aussi de l’Académie française.

 

Un immortel

Il y a près d’un demi-siècle, Jean d’Ormesson, alors directeur du Figaro, était le bon client des radios. D’une voix dont la tessiture changeait au gré de ses emportements, il fascinait l’auditoire. Il était alors peu connu du grand public mais il était déjà éblouissant. En effet, Jean d’Ormesson était un grand journaliste. De plus, il était sensible, brillant, drôle, cultivé, ouvert, sarcastique, curieux, insolent, fantaisiste…

Dans son Dictionnaire amoureux, Jean-Marie Rouart égrène avec talent l’œuvre de Jean d’Ormesson. Il restitue celle-ci au lecteur, au gré des thèmes retenus qui reflètent les facettes du personnage.

 

Immortalisé 

Dans son ambivalence et son courage

Jean d’Ormesson était farouchement anti-communiste mais il déjeunait parfois avec René Andrieu ou avec le directeur de L’Humanité. Et, surtout, il admirait Louis Aragon, le poète.

Il était homme de foi même s’il parlait plutôt d’espérance et il défendait aussi la science avec passion, de l’infiniment grand à l’infiniment petit.

Épicurien, il aimait le vin mais surtout l’eau et sous toutes ses formes : la boisson, les lacs, les rivières, la mer. « Il y avait du poisson en lui ».

Bien que de droite, il était pacifiste. Il considérait l’antisémitisme, pourtant répandu dans son milieu social, comme un péché. Il dénonçait aussi le mariage valeur refuge de la noblesse. En fait, il aimait trop les femmes pour n’être fidèle qu’à une seule.

Dans sa clairvoyance

A un moment où l’intelligentsia de gauche monopolisait le devant de la scène, Jean d’Ormesson a fustigé le régime stalinien et ses millions de morts. De la même façon, il a toujours soutenu les idées de Raymond Aron contre celles de Jean-Paul Sartre.

Homme de culture, il aimait l’histoire mais il se méfiait de la façon de l’écrire.

Dans ses passions d’écrivains

Cet homme avait un sens aigu du monde des livres.

Tout d’abord, son amour de la poésie, cette mécanique de l’esprit qu’il plaçait au-delà de tout. Il connaissait par cœur des milliers de vers.

Mais aussi des auteurs de romans. En premier lieu Jorge Luis Borges le fascinait : « il admirait par-dessus tout son œuvre originale qui fait éclater l’art du roman et y introduit le merveilleux ». Il portait également aux nues André Malraux : « C’était peut-être le seul écrivain devant lequel Jean perdait ses moyens. Il l’écoutait, mais, paralysé par le trac, il n’osait lui parler ». Et, Emil Cioran, Emmanuel Berl, Bernard Frank, et bien d’autres encore.

Dans son talent littéraire

L’œuvre de Jean d’Ormesson est centrée sur deux thèmes majeurs : l’amour et le temps. Mais, c’est Dieu qui revient le plus souvent dans ses romans. Mais, c’est la question sur le pourquoi de l’univers qui le captive.

Enfant de la nature, il a aimé écrire la plupart de ses livres à Fornali, dans la baie de Saint-Florent en Corse. Il y résidait dans la grande bâtisse de Ferdinand Beghin, son beau-père.

C’est avec La gloire de l’Empire que Jean d’Ormesson connut son premier succès. Ce livre fut couronné du Grand Prix de l’Académie Française en 1971. Jean-Marie Rouart le qualifie pourtant de « bizarre, érudit, élitiste ».

Avec Au plaisir de Dieu, il va rencontrer le grand public. Ce roman familial, archétype de l’aristocratie et des grandes familles, a su trouver un écho chez de nombreux lecteurs. « Je suis né dans un monde qui regardait en arrière. Le passé comptait plus que l’avenir ».

Le vent du soir est le premier volume d’une série qui en comprend trois. « C’est un chant du monde, un grand roman polyphonique qui retrace la terrible orgie des passions où se mêlent et s’édifient les existences et les sociétés ».

Histoire du Juif errant est un roman sur une époque et sa généalogie. « Il exprime une nouvelle tentative d’exorciser la fatalité du temps qui passe ».

Dans cet hommage, Jean-Marie Rouart a choisi de ne pas citer tous les romans de Jean d’Ormesson, et tous ceux dont il a parlé ne figurent pas dans cet article.

Dans ses voyages et plaisirs

Jean d’Ormesson aimait les voyages parce qu’il aimait la vie. Il se déplaçait dans des voitures de sports, avec un faible pour la Mercedes 350 SL.

L’été, il adorait prendre des bains de mer à Saint-Florent en Corse et dans la baie de Fethiye en Turquie. Son autre passion était le ski.

Il a aimé l’Italie comme sa seconde patrie : « L’Italie pour lui, c’est l’alliance parfaite du Colisée, du soleil et d’une jolie fille : le passé, l’éternité, plus un sourire ».

Dans son éclectisme

Il fut reçu à l’École normale supérieure et à l’agrégation de philosophie. Il n’enseigna pas cette matière à l’université, et peu au lycée, mais toute sa vie il fit montre de pédagogie dans l’art oratoire. Directeur du figaro pendant plus de 40 ans, il fut un homme de presse atypique puis un éditorialiste éclatant. Puis, sa carrière à la radio et à la télévision le fit connaître.

Et il était aussi écrivain.

 

Contre tout attente, l’auteur du Dictionnaire amoureux s’est invité dans les sujets qu’il aborde, avec entre autres le chapitre Moi (Moi). En fait, Jean-Marie Rouart se met à la place de Jean d’Ormesson pour lui faire dire ce qu’il pense de l’auteur du Dictionnaire amoureux de Jean d’Ormesson.

Ce dernier aurait sans doute parlé de faute de goût, la seule du livre. 

 

In fine, ce Dictionnaire amoureux de Jean d’Ormesson a deux intérêts : raviver le souvenir de ceux qui ont apprécié Jean d’Ormesson et le faire aimer à ceux qui l’ont découvert.

 

 

Dictionnaire amoureux de Jean D’ormesson de Jean-Marie Rouart. Éditions Plon, 2022. 451 pages, 13 €.

Vanish : Lucie Berelowitsch dans la Tempête
Agenda de la semaine du 26 septembre 2022
Bernard Massoubre

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


A propos

Toute La Culture : Comment choisir ?
Toute La Culture est un magazine d'information pluridisciplinaire et national. Il regarde notre societé par les yeux des tendances et de la culture. Fondé en 2009, il est reconnu comme journal en 2012 puis d' Information Politique et Générale (IPG), en 2017

L’objectif de Toute La Culture est véritablement de parler de TOUTE la culture : un film d’animation d’Europe de l’Est comme blockbuster américain à énorme budget, un récital lyrique comme un nouvel album de rap, la beauté et les tendances sont abordées d’un angle culturel et même les sorties en boîte de nuit et les nouveaux lieux à la mode sont dans nos pages. Enfin, les questions politiques d’actualités sont au coeur de nos articles : covid, #metoo, mémoire, histoire, justice, liberté, identité sont au cœur de nos réflexions à partir des spectacles et œuvres que nous voyons comme critiques. Non seulement nos rédacteurs se proposent être vos guides et de vous aider à choisir dans une offre culturelle large, à Paris, en France, en Europe, mais c’est parce que Toute la Culture brasse large que, dans ses quinze articles quotidiens, le magazine doit avoir un point de vue arrêté sur l’actualité. Et ce point de vue part du principe que l’angle culturel offre une grille de lecture unique et précieuse sur le monde dans lequel nous vivons.
Soyez libres… Cultivez-vous !

Soutenez Toute La Culture
Registration